Du bon usage de la lettre anonyme

C’est un exploit dont les magistrats du Parquet national financier (PNF) ont négligé de se flatter à la veille des explosifs États généraux de la justice.

Il leur a fallu plus de cinq ans pour classer sans suite un dossier ouvert, donc, en mai 2016 !

L’ex-sénatrice marseillaise Samia Ghali, aujourd’hui troisième adjointe du maire (PS) de la ville, était soupçonnée de « détournement de fonds publics, corruption, favoritisme et blanchiment ». Pas moins.

À la source de cette enquête préliminaire, une simple lettre anonyme qui accusait Sarnia Ghali d’avoir fait bénéficier deux de ses cousins d’une subvention et d’avoir obtenu une faveur de la municipalité de Jean-Claude Gaudin : la modification du plan local d’urbanisme afin de rendre légale une piscine qu’elle avait acquise conjointement à sa maison.

Au lieu de demander au tribunal la nomination d’un juge d’instruction, les procureurs du PNF avaient décidé de mener l’enquête eux-mêmes et sans que la présumée coupable puisse avoir accès au dossier. La procédure d’enquête préliminaire permet, en effet, aux magistrats du Parquet d’ignorer le contradictoire aussi longtemps qu’ils le désirent.

En rendant public ce non-lieu, Samia Ghali a tenu à souligner dans un communiqué : « Les enquêteurs du PNF ont épluché à la loupe mes comptes bancaires, mes crédits, mon patrimoine familial. Toute ma vie a été scannée et mise à nu. » Avant d’ajouter, selon « Le Point » (2/12) : « C’est une transparence nécessaire pour en finir avec la calomnie. »

Certes, mais, si une lettre anonyme suffit pour mettre sous enquête judiciaire pendant plus de cinq ans un élu, les magistrats du PNF ne sont pas près d’arrêter de se plaindre de crouler sous le boulot.


Article non signé lu dans le Canard enchaîné du 08/12/2021


Une réflexion sur “Du bon usage de la lettre anonyme

  1. jjbadeigtsorangefr 15/12/2021 / 16:53

    Les lenteurs de la justice ne viennent pas que du manque criant de moyens, il y a aussi le manque de rigueurs de certains.La Justice n’est que celle des hommes et est soumise à l’aléa. Cinq ans pour un couac c’est éprouvant mais quand il s’agissait d’une condamnation à mort que d’aucuns veulent rétablir il n’y avait pas de marche arrière…………

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