La Réunion, en mal de tourisme

Ah ! là, là ! que c’est beau. Qui met le pied une fois à La Réunion s’en souvient toute sa vie.

À cause des volcans et du feu. À cause des arbres, des oiseaux, des cirques naturels, de l’océan (Indien) et du corail, à cause des hommes venus de partout et d’ailleurs. Jusqu’à l’arrivée des Français, au milieu du XVIIe siècle, file était déserte, mais peuplée d’un grand nombre d’animaux et de végétaux endémiques, c’est-à-dire qu’on ne trouve que là. Beaucoup ont déjà disparu grâce à nous.

Sur le papier, tout va bien, puisqu’on a créé un parc national sur 42 % de la surface de La Réunion, qui inclut les cirques et les volcans. Mais c’est l’île tout entière qui est un volcan écologique et social. Près de 900.000 personnes se pressent sur un mince ruban côtier et nul ne semble connaître la direction de l’avenir. La Réunion n’est pas plus grande que les Yvelines, avec deux pitons volcaniques au milieu. Et des pentes, beaucoup de pentes.

Une route côtière, en partie construite au-dessus d’un océan indocile, devait être finie en 2020, mais sera livrée à la saint-glinglin, si tous les retards et les contentieux sont un jour purgés. Il reste 2,5 km à construire, pour un coût de départ de 1,6 milliard d’euros, qui lorgnera sans doute sur les 2 milliards. Oui, Vinci et Bouygues sont dans le coup. Avec 40 % des jeunes au chômage et 40 % de la population sous le seuil de pauvreté, on a enfin trouvé une priorité.

Comme si cela ne suffisait pas, deux lecteurs de Charlie – Marie et Sylvain, encore merci – lancent un appel au secours. Le tourisme aérien est devenu une plaie ouverte pour les hommes et les bêtes. Des sociétés privées proposent des « activités » telles que des survols de l’île en hélico, en ULM ou en avionnette, du parapente là où la connerie n’était encore jamais allée, etc.

On paie et on embarque au-dessus des volcans, au-dessus des cirques de Mafate, Cilaos, Salazie, et c’est… comment dire ? « Magique », «inoubliable » «génial », «à couper le souffle ».

Tels sont les termes que l’on retrouve à foison sur le site de commentaires Tripadvisor. Notons qu’il est aussi des poètes, à qui « un pilote passionné […] a permis de tutoyer les cieux et les sommets de l’île. À recommencer à l’infini ».

Des réalistes qui concèdent : « Pas le courage et la forme de faire de longue rando [sic] dans les cirques ».

Des pragmatiques qui constatent « souplesse dans les horaires, services à la carte et tarifs concurrentiels ». Et des esprits de synthèse qui concluent : « Une heure à survoler tous les sites de l’île de La Réunion, au plus près des paysages magnifiques. » Une heure.

Plus bas, c’est moins drôle. C’est même l’enfer.

Marie et Sylvain : « Nous, pauvres habitants, avons aussi le « souffle coupé » par le bruit des moteurs quasi permanent, qui s’enfle jusqu’au vacarme en particulier les week-ends et les périodes de vacances ».

Compter 60.000 mouvements aériens annuels (1). Au beau milieu d’une nature sinon sauvage, du moins exceptionnelle. Des pans entiers de forêts sont encore jugés primaires, sans aucune intervention de l’homme, jamais.

Pour les gens de là-haut, ce n’est plus une vie, mais pour les animaux? La survie des oiseaux dépend largement de leurs cris. Pour la recherche d’un partenaire ou de nourriture, pour alerter en cas de danger. Or, disent nos amis, « le vacarme des aéronefs est amplifié par les hautes parois des pitons. Les échanges sonores […] sont impossibles de longues heures chaque jour ».

Deux oiseaux endémiques, déjà au bord de l’extinction, sont directement menacés. Le « zoiseau-la-Vierge », somptueux gobe-mouches aux irrésistibles plumes érectiles sur la tête. Et le papangue, un rapace dont l’ouïe si fine est constamment désorientée par les bruits de rotors.

Bref, une folie.

Que fait le parc national? Rien.

Que font les administrations de contrôle comme l’Office français de la biodiversité (OFB), la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal)? Rien.

Que font les flics? Rien.

Un espoir peut-être du côté de la nouvelle présidente de la Région, Huguette Bello. On la sait très sensible à l’extrême beauté de son île.

Dites, madame ?


Fabrice Nicolino – Charlie Hebdo – 08/12/2021


1. On peut joindre un collectif d’opposants à l’e-mail : stop-dezord-en-ler@orange.fr


Une réflexion sur “La Réunion, en mal de tourisme

  1. jjbadeigtsorangefr 12/12/2021 / 09:20

    Magnifique, seul inconvénient il est difficile de se baigner car les requins ne sont pas loin et s’aventurer au delà de la barrière de corail risque de vous transformer en casse-croûte à squale. Pour les marcheurs ce sera plusieurs mois de découvertes et de rencontres dans des cirques inaccessibles aux véhicules automobiles. Des petits villages où l’on peut se ravitailler (illets) de quoi rêver quand on visite avec sa tente sur le dos. Attention à la pluie, rien à voir avec chez nous c’est dru, rapide, abondant ……………..et ça sèche vite.

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