Tourisme, tout faire pour les milliardaires…

En pleine cinquième vague, à un moment où de plus en plus de pays réduisent les vols internationaux, voire les interdisent, quelle est la priorité de notre gouvernement ?

Développer le tourisme mondial !

Alors que l’aviation internationale de loisir est condamnée, le plan Destination France veut faire venir le plus de gens possible, du plus loin possible(1).

En Suède, la « honte de voler », portée par Greta Thunberg, a déjà montré le chemin. Et quand on enquillera canicules, inondations et pandémies diverses et variées, le secteur qu’il sera le plus facile de sacrifier, ce sera les gros navions dans le ciel.

Bien sûr, Jean Castex sait que la transition écologique « concerne ce secteur ». Mais, dans son discours, il se contente en tout et pour tout de cette formule qui en dit long sur son désintérêt pour le sujet : « Vous savez toutes et tous ici ce qu’on appelle le tourisme durable (2). »

Ben oui, Jean, le tourisme durable, cela s’appelle prendre des vacances près de chez soi. Tu habites près de la montagne? Tu vas à la montagne.

Tu es au bord de la mer? Tu y restes.

Tu es un couillon de Parisien? Tu prends le train pour aller dans les Yvelines.

Et. C’est. Tout.

Bali, c’est fini. Ça fait mal, car les vacances à l’étranger sont une soupape psychologique essentielle pour des tas de travailleurs. Mais il faut se préparer à ce que tout cela se termine.

Je vous pose donc ce problème de CM2 : comment faire pour empocher un maximum de pognon, alors que les vols internationaux vont fortement se réduire?

Réponse : se débrouiller pour que les touristes soient de plus en plus riches.

Et c’est ce que nous prépare le gouvernement, obsédé qu’il est par le fait que, même si nous sommes le pays le plus visité au monde, nous soyons encore seulement deuxième, derrière les États-Unis, en termes de sous dépensés sur place.

Ah, comme c’est rageant! Il s’agit donc, comme le dit Castex, d’effectuer une « montée en gamme », de développer la qualité, « l’authenticité ».

En clair : des nuits à 2 000 euros dans des châteaux restaurés à mains nues par Stéphane Bern, plutôt que des gros bides alignés sur le littoral qui achètent une assiette de frites pour quatre à midi.

La bonne nouvelle, c’est que les milliardaires sont nombreux comme jamais. Il y en aura donc assez pour venir voir les vestiges du monde d’avant, que leur mode de vie détruit de façon accélérée.

La mauvaise nouvelle, c’est que, lorsque les inévitables quotas limitant le nombre de vols seront instaurés, seuls les milliardaires pourront se les acheter. Nous allons donc retrouver la société de serviteurs, celle du XIXe siècle, où seuls les ultrariches ont les avantages du tourisme (découvrir des lieux magnifiques), sans les inconvénients (être ennuyé par d’autres touristes).

Tandis que celles et ceux qui les serviront n’auront plus les moyens de prendre l’avion, ni de se payer une bagnole électrique. Ne se déplaçant plus que sur leurs vieux biclous, les pauvres Français n’en seront que plus « authentiques » aux yeux des riches Américains, Saoudiens ou Chinois.

Et quoi de plus important qu’une belle photo?


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 08/12/2021


  1. «Destination France, le plan de reconquête et de transformation du tourisme» (gouvernement.fr, 22/11/2021).
  2. «Discours de M. Jean Castex, Premier ministre-Présentation du plan Destination France» (gouvernement.fr, 20/11/2021).

3 réflexions sur “Tourisme, tout faire pour les milliardaires…

  1. jjbadeigtsorangefr 11/12/2021 / 10:02

    La France en réserve animalière avec ses autochtones bérets sur la tête et baguette en poche, ce sera le rêve.
    Heureusement les touristes ne manqueront pas, à travers le grillage, de nous faire passer cacahuètes et autres bananes pour compléter la nourriture distribuée dans l’enclos.

    • Anne-Marie 11/12/2021 / 20:17

      Après les zoos humains de l’expo coloniale, ce ne sera que juste retour des choses 😉

      • Libres jugements 12/12/2021 / 11:25

        Bonjour et merci pour ce commentaire Anne-Marie
        Cordialement
        Michel

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