Le Baiser

Un coq à la porte de l’aube
Un coq battant de cloche
Brise le temps nocturne sur des galets de promptitude
Un lancer de ramages
Entre deux transparences inégales
On ne va pas si tôt lever la tête
Vers la lumière qui s’assemble
Mais la baisser
Sur une bouche plus vorace qu’une murène
Sur une bouche qui se cache sous les paupières
Et qui bientôt se cachera derrière les yeux
Porteuse de rêves nouveaux
La plus douce des charrues
Inutile indispensable
Elle sait la place de chaque chose
Dans le silence
Collier rompu des mots rebelles
Une autre bouche pour litière
Compagne des herbes fiévreuses
Ennemie des pièges
Sauvage et bonne formée pour tous
Et pour personne
Bouche oublieuse du langage
Bouche éclairée par les mirages de la nuit
Le premier pas sur cette route franche
Monotone comme un enfant
Mille orchidées à l’infini
Brillant brûlant pont vivant
Image écho reflet d’une naissance perpétuelle
Cest gagner un instant
Pour ne plus jamais douter de durer.


Paul Eluard


Laisser un commentaire