Vraie question…

« À quoi sert l’histoire de l’art aujourd’hui ? »…

… certains affirmeront qu’elle n’est absolument pas cruciale, sauf que pour la connaissance générale… MC

À l’occasion de ses 20 ans, l’Institut national d’histoire de l’art propose une série de débats qui rythmera une saison « 20 ans » à l’attention de tous les publics, en s’articulant autour d’une question simple et néanmoins fondamentale : « À quoi sert l’histoire de l’art aujourd’hui ? ».

Pour Éric de Chassey, énergique directeur de cet établissement public de recherche, il s’agit d’abord de stimuler l’esprit critique : « la multiplication des images auxquels nous avons accès atteint un niveau jusqu’ici inconnu dans l’histoire de l’humanité. Pour arriver à faire des tris, à la comprendre comment elles existent, nous n’avons pas de meilleurs outils de l’histoire de l’art.

Or si le gouvernement a fait de la lecture une grande cause nationale, l’analphabétisme visuel reste absolument abyssal ». C’est d’ailleurs pourquoi l’enseignement de « l’histoire des arts » en classe est obligatoire depuis 2008.

Une telle conception citoyenne n’a pas toujours existé.

Longtemps, l’histoire de l’art a surtout été utilisée pour servir le roman national de chaque pays.

La répartition actuelle des œuvres dans les musées par école (peinture française, hollandaise ou italienne…) est la trace de cette ancienne approche.

Dans une telle logique, le grand artiste était souvent présenté en héros solitaire dont on chantait les louanges. L’histoire de l’art a commencé à s’ouvrir dans les années 1960-70, quand des philosophes comme Michel Foucault, Jacques Derrida et Roland Barthès se sont mis à produire des textes sur l’art.

En choisissant d’étudier le sort de l’art sous l’occupation, Laurence Bertrand Dorléac, a essuyé un tir de barrage : « Ma génération voulait savoir ce qui s’était passé en France pendant cette période. En histoire de l’art ce sujet avait été éviter. Les recherches allaient jusqu’à 1939, et ensuite on passait à 1946 ! J’ai essayé de combler ce trou de manière assez spontanée, sans avoir l’impression de faire la révolution. Je n’y avais vu aucune malice. Les réactions m’ont étonné parce que franchement je ne fais que mon travail. Mais même les gens qui ne voulaient du bien avaient tendance à me dire : « Oh, la, la, cette période »… car l’histoire des années 40-44 il y a 20 ans était encore très mal digérée en France. Elle est un peu mieux aujourd’hui, mais l’époque de l’occupation reste problématique. On n’arrive pas à en parler librement ».

Certains professeurs de la Sorbonne vont alors jusqu’à déconseiller fermement aux étudiants de citer cette chercheuse trop « moderne », trop « politique ». Il faudra à Laurence Bertrand Dorléac attendre plus de 20 ans pour que ces travaux débouchent, fin 2012, sur une exposition musée d’Art moderne de Paris : l’argent en guerre, où cette fois ce sont les artistes résistants qui sont mis en lumière.

L’historienne est l’une des premières à avoir tenté d’enquêter sur le marché de l’art pendant l’occupation et sur la spoliation des biens juifs. « Le sujet des zones interdites à l’époque. Et il est resté. C’était tragique, car derrière ses œuvres volées qui attendaient de retrouver un propriétaire il y avait forcément des êtres, des disparitions. Tout le monde le savait. Le dossier contenait une charge émotionnelle très forte. C’est bien la raison pour laquelle il fallait continuer à travailler.

Aujourd’hui dont le Louvre s’y sont mis. Il y a une vraie prise de conscience. On peut regretter qu’elle soit aussi tardive, mais elles existent ».

La question est à se poser sur l’art africain, un des grands sujets de l’art, ayant émergé ces dernières années. Chargée de recherche au CNRS, Claire Bosc-Tiessé a été missionné pour cartographier les objets d’art d’Afrique et d’Océanie dans les collections publiques de notre pays.

L’enjeu est scientifique avant d’être politique. Car, au-delà de l’inventaire, Claire Bosc-Tiessé cherche à comprendre « quelle est la place des objets dans les sociétés qui les ont produits, pourquoi et comment ils ont été créés ».

Les étudiés exigent donc de faire l’histoire des sociétés africaines anciennes. Et de la raconter. Or, jusqu’à une époque récente, les musées s’en souciaient assez peu. « Grosso modo, les pays occidentaux n’appréhendent l’histoire de l’art africain qu’avec deux modèles : 1) en étudiant son influence sur l’art moderniste du XXᵉ siècle, 2) en l’abordant d’un point de vue ethnographique ou ethnologique, sans tenir compte de l’évolution dans le temps ou dans l’espace des sociétés qui l’ont produit ».


Courts extraits d’un article de Xavier de Jarcy paru dans Télérama n° 3751 – 01/12/2021


2 réflexions sur “Vraie question…

  1. bernarddominik 06/12/2021 / 11:56

    Nous avons été façonnés par l’art grec qui priorisait la ressemblance avec la réalité visuelle, priorité marquée aussi dans l’art asiatique.
    Quand je suis allé à Mexico dans l’extraordinaire musée des peuples précolombiens j’ai été frappé par la beauté sauvage de cet art infiniment plus varié et complexe que l’art occidental, l’art de l’Afrique noire est aussi surprenant. Cependant, il est cantonné dans la sculpture du bois et quelques bronzes, bizarrement peu inspiré par la terre cuite.
    C’est une excellente chose qu’on apprenne à l’école à regarder l’art, mais il ne faudrait pas oublier les oreilles et la musique, qui elle, passe par 2 intermédiaires l’interprète et l’instrument. Du moins avant l’informatisation qui d’ailleurs a eu pour résultat de faire perdre aux jeunes oreilles la capacité de distinction.

  2. jjbey 06/12/2021 / 17:31

    La grotte Chauvet est une illustration de l’art, expression des êtres humains qui voulaient écrire leur histoire en la peignant sur des murs.
    À chaque génération l’art est venu s’inscrire dans la vie sociale et l’histoire de l’art, c’est aussi la compréhension de ce qui s’est passé, de ce que l’on a cru, de ce que l’on a subi…
    Je regrette de ne pas en avoir été éduqué à l’école, mais j’ai tenté toute ma vie de me rattraper.
    Rat de musées les peintures, les sculptures, les bijoux ne m’ont apporté que du bonheur sans compter l’architecture réelle expression du génie humain qu’on n’épuisera pas avec la lecture…

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