Pour un autre journalisme…

Face à des personnages ultra droitiers, il faut pratiquer l’info autrement !

Volontiers orduriers, agressifs ou menteurs, les politiciens populistes déstabilisent les journalistes. Face à cette nouvelle donne, ceux-ci doivent revoir leurs habitudes.

L’analyse d’un spécialiste américain des médias Jay Rosen.

Comment des figures politiques exploitent-ils les médias ?

Aux États-Unis, c’est Steve Bannon, l’ancien stratège et conseiller de Donald Trump, qui a le mieux théorisé l’attitude à adopter vis-à-vis des médias. Selon lui, les démocrates n’étaient pas importants. Il voulait se focaliser sur les élites, dont les journalistes sont probablement les meilleurs représentants. Il disait que la meilleure manière de gérer les médias, la véritable opposition, était de les « inonder de m****e ».

L’objectif n’était pas de persuader l’opinion de la grandeur d’un personnage ou de son programme, mais de détruire le système de façon que l’opinion n’ait plus confiance dans les sources d’information.

Ce sont des méthodes fascistes, il n’y a pas d’autre mot. Elles ne sont pas compliquées à comprendre, mais elles vont à l’encontre de la manière dont les médias travaillent à Washington. Ces derniers étaient habitués à couvrir des candidats disciplinés, qui ne leur faisaient pas perdre leur temps. Nous sommes passés d’un modèle de rareté de l’information à un modèle d’abondance de la propagande.

Cela veut-il dire que les codes journalistiques sont à revoir ? Comment les grands médias établis peuvent-ils échapper à la défiance que ce genre de personnages s’emploient à créer envers eux dans une partie de la population ? 

Il faut admettre que nous n’avons pas la réponse.

Pour ces gens, qui représentent au moins 20 % de l’électorat aux États-Unis selon les estimations basses, un journalisme de meilleure qualité ne fera aucune différence. Ils ont dépassé le stade du débat sur l’objectivité. Pour eux, toute information mentionnée dans un organe de presse établi est un mensonge et une attaque contre leur candidat.

Quels progrès ont fait les médias américains « traditionnels » dans la couverture des infos ? Qu’est-ce que la France peut en apprendre ? 

Ils ont réalisé que ce genre de personns faisaient d’eux des cibles de haine.

Après s’en être rendu compte les journalistes ont modifié leur approche de plusieurs manières. La plus importante a été l’utilisation du mot « mensonge » pour parler de ses déclarations. Ils ont aussi renforcé leurs moyens de « fact checking » (« vérification des faits ») pour identifier tout mensonge ou distorsion de la vérité.

Enfin, ils se sont aperçus à quel point ce type de personnage était une créature médiatique. Ils ont mis du temps à prendre conscience de cette réalité, car elle va à l’encontre du journalisme normal et des agissements traditionnels d’un président.

Face à cela, les médias établis doivent réapprendre à être « pro-démocratie » de manière plus active. C’est à chacun de déterminer quelle forme cela peut prendre.

Quel conseil donneriez-vous aux journalistes français

Si l’on sait que le candidat a l’habitude de recourir à de la désinformation dans des discours, on peut décider de ne pas retransmettre ses meetings en direct. Les médias peuvent aussi choisir de passer une sorte de contrat avec leur public pour promettre de l’informer tout en refusant de couvrir les déclarations trompeuses du candidat. Ce n’est pas leur manière de travailler à l’heure actuelle, mais le système d’aujourd’hui n’est pas adapté à de tels démagogues. Face à ces derniers, il faut pratiquer un autre journalisme.

À quoi ressemblerait ce journalisme alternatif ? 

Je défends depuis longtemps l’idée d’un « ordre du jour » fixé par les citoyens comme point de départ à toute couverture de campagne électorale. Plutôt que de se focaliser sur les candidats, les journalistes doivent commencer par interroger les personnes qu’elles veulent informer.

Ils devraient poser à leur lecteur une question magique et simple : « Sur quels sujets voulez-vous entendre les candidats qui se battent pour vos voix ? » Et non pas : « Pour qui êtes-vous susceptibles de voter ? », « À quel parti êtes-vous fidèle ? » ou encore « Comment réagissez à tel ou tel sujet politique du moment ? ».

Si les journalistes parviennent à recueillir un volume important de réponses auprès de leur public et à améliorer leur compréhension de son attente, ils pourront établir une liste de priorités qui déterminera les questions à poser et les reportages à faire.

L’impulsion est donc donnée par les électeurs plutôt que par les candidats.


D’après un article d’Alexis Buisson – Télérama – source (extraits)

2 réflexions sur “Pour un autre journalisme…

  1. jjbey 06/12/2021 / 09:44

    Cette théorie revient à choisir l’évènement qui sera diffusé par rapport au lecteur alors que le devoir premier du journaliste est d’informer en exposant les faits tels qu’il a pu les vérifier.
    La victoire des « Leroy Merlin » et celles de bien d’autres salariés qui se battent pour leur emploi et une production française ne sera pas traité, si elle l’est, de la même manière dans le Figaro et dans L’Humanité.
    Le public de l’un n’a rien à voir avec celui de l’autre.

    • Libres jugements 06/12/2021 / 10:22

      Il me semble qu’il y a un peu de confusion dans ta réponse Jean-Jacques, au regard du texte ; à moins que l’extrait «tiré» par mes soins (copyright exigeant) de la source principale, ne reflète pas l’auteur et l’article.
      Dans l’original, l’auteur dénonçait que : la citation d’un fait à restituer,  » LE  » soit sans  » LE  » filtre du journaliste », sans distanciation trop souvent sans vérification ou l’occasion d’une explication de texte ou remise en cause des propos..
      Il affirme qu’il fallait réfléchir à la validité des propos à diffuser avant d’effectuer de relater un événement et cela, pas qu’en fonction des « lecteurs assidus du titre du journal ».
      Reste que la « ligne » éditorialiste effectuera des sélections derrière et qu’un journaliste n’est qu’un salarié parmi d’autres… Aussi faut-il se demander si les articles de type « gains sociaux », « rapport sur la pauvreté », « les associations caritatives », « pouvoir d’achat/augmentation de salaire », « Montant des loyers », « atteinte aux prestations sociales », etc. figureraient dans ces conditions, dans des quotidiens dont le lectorat est composé de cadres supérieurs et d’entrepreneurs ? Il en est de même de certains événements ayant trait à différentes obédiences…
      Très cordialement
      Michel

Laisser un commentaire