Les comptes de la maison poulagat

Toujours plus de blé pour les poulets… et toujours moins de résultats !

Tel est le cuisant constat de la Cour des comptes dont le ministre de l’Intérieur a été forcé de prendre acte. Le 24 novembre 2021 (six jours après s’être fait matraquer par les magistrats de la Rue Cambon), Gérald Darmanin a annoncé aux sénateurs qu’il allait remettre de l’ordre fissa dans l’organisation du temps de travail des policiers.

Exit, pour commencer, la « vacation forte ».

Pondu sous le précédent quinquennat pour complaire aux syndicats, ce cycle horaire permettait à la troupe d’être en congé un week-end sur deux plutôt qu’un sur six. Il s’est, hélas, révélé calamiteux pour le taux de présence policière sur la voie publique, qui plafonne à 6 % (l’un des scores les plus bas d’Europe). La mesure a coûté 4.000 recrutements sans faire bouger le taux de présence ! Du bleu à l’âme, mais pas dans la rue…

Darmanin oublie de préciser que, depuis l’automne 2019, il avait déjà remplacé en partie la vacation forte (héritage Hollande) par un autre cycle, le « 12 h 08 binaire », qui allonge l’amplitude horaire en contrepartie de… plus de jours chômés.

Avec ce système, les policiers ne travaillent que 140 jours par an, et non plus 202 comme autrefois. D’après les calculs secrets et savants de Beauvau, une grosse partie des 5.000 flics recrutés sous l’actuel mandat ne servira qu’à boucher les trous créés par le nouveau cycle.

« Le taux d’engagement des effectifs sur le terrain », persifle la Cour des comptes, n’a cessé de baisser en dix ans, tandis que, dans le même temps, la masse salariale de la police a enflé de 21 %, à 10 milliards d’euros. Et, depuis la jacquerie des gilets jaunes, 416 millions d’euros (surtout des primes) ont été distribués dans le poulailler !

Volaille de Noël

En septembre, à l’issue du Beauvau de la sécurité, Macron avait promis de « doubler sur dix ans » le taux de présence policière.

Autant dire que son engagement a déjà du plomb dans l’aile.

Une solution ? La Direction générale de la police nationale (DGPN) a décidé de… changer le mode de calcul du « taux d’engagement (de présence) des effectifs ».

Dans sa réponse à la Cour des comptes, son chef explique, sans rire, que l’indicateur actuel « ne reflète pas fidèlement la présence policière ». Peut-être que la Cour des comptes ne sait pas compter !

Interrogés par « Le Canard » sur les contours du nouvel« indicateur », la DGPN et le cabinet du ministre se sont défaussés l’un sur l’autre.

Y aura-t-il du poulet (en plus) à Noël ? En tout cas, il y aura des dindons !


Article signé des initiales D. H. et C. L. – Le Canard enchaîné. 01/12/2021

3 réflexions sur “Les comptes de la maison poulagat

  1. bernarddominik 06/12/2021 / 08:54

    Un état policier sans policier?
    140 jours de travail, c’est en réalité 5 mois de congés, 5 fois plus que le salarié moyen.
    Sur les BdR on ne voit jamais de policiers dans les rues, rue de l’évêché il y a plus de policiers au bar de l’évêché que dans le quartier du panier.
    J’ai travaillé dans cette rue 40 ans, et j’ai pu constater la baisse constante de la présence policière dans le second arrondissement, jusqu’à arriver avec Chirac qu’il n’y en ait aucun.
    Seul un car de CRS assure 3 fois par an la sécurité au conseil régional

  2. jjbey 06/12/2021 / 09:33

    Les policiers ne sont pas responsables de la manière dont ils sont gérés.
    Police de proximité supprimée par Sarko, renseignements généraux itou, nous voilà de moins en moins bien protégés pour beaucoup plus cher.
    Quelle compétence…

  3. Danielle ROLLAT 06/12/2021 / 23:24

    Et pour compenser, les collectivités mettent en place des Services de Police Municipale, armés ou pas, avec des équipes de Surveillance de la Voie Publique… financés par les impôts locaux..

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