Nicolas Hulot : tiens donc !

Les journalistes ne parlent jamais des enquêtes non publions et pourtant effectuées. Pour une fois, l’enquête réalisée sur Nicolas Hulot par un des journalistes de Médiapart, parallèlement à celui d’« Envoyé spécial », donne son ressenti et sa position. MC

Combien de fois, depuis quatre ans, avons-nous été interpellés sur les possibles agressions sexuelles de l’ancien ministre ?

Des dizaines, et encore très récemment, lors de sa venue aux Assises du journalisme. Mais alors vous ne travaillez pas sur lui ? Vous le protégez ? Que pouvions-nous répondre ? Rien. Car quand une enquête ne sort pas, nous sommes coincés.

Il y a quatre ans de cela, j’ai passé des mois à essayer de recueillir suffisamment de témoignages précis, documentés, recoupés, pour pouvoir publier.

À l’époque, je travaillais en équipe avec Virginie Vilar d’« Envoyé spécial », qui vient donc d’aboutir, seule, quelques années plus tard, à force de persévérance, et c’est tout à son honneur.

Mais à l’époque, ce que nous avions ne suffisait pas. C’est alors terrible. À force d’entendre des victimes, des amies des victimes, des personnes de l’entourage, le journaliste sait. Il n’a pas une intime conviction. Il sait. Mais il ne peut pas faire savoir contre la volonté des victimes.

Il sait parce que les témoignages s’additionnent, se ressemblent. Il sait parce qu’aucune femme n’a intérêt à inventer ce genre d’histoire. Et que précisément, l’argument tant de fois entendu (c’est une femme qui cherche à se faire de la publicité, de la renommée ou à gagner de l’argent) tombe dès lors que cette même femme ne veut pas dire publiquement les choses.

 Parce qu’elle connaît très bien les conséquences d’une prise de parole : les insultes sur les réseaux sociaux, la tempête médiatique, son nom associé pour toujours au statut de victime et à une sordide affaire sur Internet. Elle sait et on ne peut pas lui mentir : oui, cela va être dur.

Or nous ne nous servons jamais d’un témoignage sans l’accord explicite de la victime. Et nous ne publions pas si l’article s’annonce trop faible, s’il y a un risque que nous soyons condamnés en diffamation. Certaines des femmes qui parlent aujourd’hui ne voulaient pas parler il y a quatre ans. Pour d’autres, nous ne connaissions pas leur histoire, que nous avons découverte avec le reportage d’« Envoyé spécial ».

 […]

Pour les violences sexuelles, comme pour toutes les enquêtes, mais encore plus que pour toutes les autres enquêtes, le risque de ne pas aboutir existe. Respecter les sources, qui ont fini par nous faire confiance, c’est les respecter jusqu’au bout.  […]


Michaël Hajdenberg – Le Club de Médiapart – Source (Extraits)

2 réflexions sur “Nicolas Hulot : tiens donc !

  1. jjbey 28/11/2021 / 21:00

    La parole est d’argent et le silence est d’or………….

  2. Matatoune 28/11/2021 / 22:55

    Intéressant de rappeler comment un journaliste travaille !

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