Micro-agression : Maxi-parano !

Jusqu’où peut-on supporter de vivre avec ce qui nous heurte ?

Chaque jour, les médias relatent des violences de toutes sortes : maires tabassés par leurs administrés, femmes agressées dans les transports en commun, enfants violentés par des ecclésiastiques, élèves harcelés à l’école, professeurs menacés d’être décapités, vieillards maltraités dans leur maison de retraite, joueurs de foot de couleur victimes d’injures racistes dans les tribunes… On pourrait ajouter «dessinateurs menacés de mort pour avoir caricaturé un prophète».

Cet inventaire à la Prévert de menaces et de violences ne semble pas avoir de fin. La multiplication des caméras, des smartphones et des chaînes d’information qui scrutent vingt-quatre heures sur vingt-quatre le moindre événement anormal renvoie de nous une image insupportable et anxiogène. Jamais les activités humaines n’ont été autant observées. Jamais elles ne nous ont semblé aussi déprimantes.

Comme si cette liste de comportements « inappropriés » n’était pas assez longue, une nouvelle catégorie de violence a été inventée : les micro-agressions.

  • ça peut être un mot qui heurte vos convictions,
  • un comportement qui blesse une commu­nauté,
  • une représentation qui manque de respect à une minorité, et cela sans même que l’auteur en ait l’intention et s’en aperçoive.

Un bel exemple est celui donné par Rama Yade, qui vient de déclarer que « passer à Paris devant la statue de Colbert est une micro-agression ».

Contrairement au viol, au meurtre, à la pédophilie ou au génocide, il n’existe pas de définition légale de la micro-agression.

Il est déjà si difficile de poursuivre et de punir les comportements condamnés par la loi que la répression des micro-agressions semble utopique.

D’autant plus que, contrairement aux crimes répertoriés par le Code pénal, les micro-agressions sont définies par nos seules émotions. Choquer ou blesser suffit à leur donner une existence morale, à défaut d’être légale.

Désormais, chacun d’entre nous est en mesure de rédiger son propre Code pénal, qui condamnera tout ce qui heurtera sa très grande sensibilité. Un Code pénal par citoyen. Une sanction par émotion négative. L’immensité des sentiments blessants provoqués par des micro-agressions donne le tournis et nous ferait presque basculer dans la folie.

[…]

Quand on écoute tous ces gens qui aujourd’hui se proclament agressés pour un oui ou pour un non, si attentifs à eux-mêmes, si éprouvés dès que la vie les contrarie, on se demande ce qu’ils seraient capables de supporter de douloureux pour le seul bénéfice des autres.


D’après un Edito de Riss – Charlie Hebdo – 24/11/2021

5 réflexions sur “Micro-agression : Maxi-parano !

  1. jjbey 27/11/2021 / 12:24

    Ce type d' »agression » permanente n’est qu’un ressenti et fait partie d’éléments constitutifs du renforcement individuel.
    Pourquoi vouloir éliminer du débat des façons différentes de raisonner dès lors qu’elles ne présentent pas de caractère raciste, antisémite ou diffamatoire.
    La pluie me gêne, mais elle est utile…

  2. Walter PASCOLI 27/11/2021 / 13:17

    Excellent article, j’ai suivi dernièrement une discussion sur ce sujet à la télé .

    Mais effectivement, moi-même je dois avouer que, tous les matins au réveil, je me sens Micro-agressé par l’air ambiant .

    Question de sensibilité, certainement … 🙂

  3. Maryse 27/11/2021 / 17:07

    Et moi, je me sens agressée par Charlie Hebdo.
    S’ils avaient dessiné un rabbin dans les mêmes conditions que le prophète de l’Islam, leur bureau aurait été fermé depuis longtemps.

    • Libres jugements 27/11/2021 / 17:34

      Bonjour et merci pour ce commentaire
      Je ne permettrait nullement de porter un jugement sur le ressentiment contenu dans votre commentaire envers Charlie hebdo, juste qu’il ne me semble pas s’adresser uniquement à l’article que j’ai posté, récupéré de leur récente édition.
      Pour ma part, je lis cet article en pensant à la mentalité et l’individualisme régnant actuellement en France et trouve la formule : « Désormais, chacun d’entre nous est en mesure de rédiger son propre Code pénal, qui condamnera tout ce qui heurtera sa très grande sensibilité » malheureusement très juste et ne vois là aucun lien avec une quelconque obédience.
      En vous souhaitant un bon week-end
      En toute cordialité
      Michel

  4. Danielle ROLLAT 27/11/2021 / 22:13

    Nous sommes entrés dans une curieuse période où l’autre n’est plus vraiment respecté : je pense aux enseignants, à leurs véhicules endommagés ou incendiés, aux médecins hospitaliers (des DOM en lutte actuellement) et tabassés en voulant entrer à l’HÖPITAL… A ce malheureux Samuel PATY, aux 2 Policiers tués à leur domicile, devant leur môme, il y a quelques années, aux violences conjugales en augmentation et aux décès des malheureuses victimes, à ceux qui veulent réécrire notre histoire commune, j’ose le mot : au racisme anti vieux qui vident les caisses de retraite, au racisme en général exacerbé en ce moment, y compris sur les stades, dans nos banlieues : Chômage ! Echec scolaire ! Eclatement des des familles ! … un sacré programme pour les autorités actuelles du pays… et celles à venir, vite de l’écoute, de la prise de conscience, de la concertation, des débuts de réponses,

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