Bal des faux-culs dans l’espace

Le 15/11/2021, la Russie a roulé des mécaniques en procédant à un tir de missile antisatellite depuis la Terre, pour détruire un vieil engin spatial, occasionnant des dizaines de milliers de débris.

Concert d’indignation à Washington et dans les hautes sphères de la Nasa.

Beau bal de faux-culs. Il n’y a rien d’étonnant dans cette guerre des étoiles version 2021, puisque l’espace est devenu progressivement une zone de non-droit. Et les États-Unis y sont pour beaucoup.

Le « traité de l’espace », signé en 1967 entre grandes nations, s’est allègrement fait piétiner en 2015 par le Space Act de l’administration d’Obama, autorisant désormais les citoyens américains à exploiter et à s’approprier les ressources spatiales, par exemple, sur la Lune ou les astéroïdes.

Seule l’orbite géostationnaire, située à 36.000 km de la Terre, où virevoltent nos satellites de télécommunications « traditionnels », reste assez bien régulée par l’Union internationale des télécommunications. C’est elle qui attribue les fré­quences et les positions orbitales des satellites, lesquels sont sommés de dégager à l’issue de leurs opérations sur les « orbites cimetières ».

Du côté de l’orbite basse, entre 500 et 700 km d’altitude, où se concentrent actuellement 80 % des satellites, c’est le quasi-vide juridique.

Les cow-boys de la Silicon Valley ont bien compris que le premier arrivé serait le premier servi. Elon Musk, patron de SpaceX, sature littérale­ment cette orbite avec sa constellation dédiée à Internet, Star­link, qui pourrait être composée, à terme, de 42000 satellites…

Or un événement intervenu le 2 septembre 2019 en dit long sur le sens de la responsabilité collective de l’entreprise.

Ce jour-là, l’Agence spatiale européenne (ESA) avait estimé que son satel­lite d’observation Aeolus avait une chance sur mille de percu­ter un satellite Starlink. Devant le refus de SpaceX de lever le petit doigt, l’ESA a dû prendre à sa seule charge une manœuvre d’évitement.

On estime aujourd’hui que SpaceX est impliquée dans 60 % des alertes collision, et elle le sera dans 90 % des cas si elle poursuit le déploiement frénétique de sa flotte.

Si tout le monde s’accorde sur l’urgence d’édicter un « Code de la route » au-delà de l’atmosphère, les grands raouts du spatial font penser aux COP sur le climat : effet zéro.


Edgar Lalande Charlie Hebdo – 24/11/2021

2 réflexions sur “Bal des faux-culs dans l’espace

  1. bernarddominik 27/11/2021 / 20:35

    Les USA utilisent les européens comme des roquets pour aboyer contre la Russie mais leurs propres pratiques ne sont pas innocentes. L’ESA à eu tort de de déplacer son satellite, pour spaceX la leçon aurait valu le fromage. A toujours reculer on reconnaît aux américains un droit exorbitant

  2. jjbey 27/11/2021 / 23:43

    Pas des philanthropes les explorateurs de l’espace. rentabilité immédiate ne coïncide jamais avec sécurité renforcée.

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