Une photo manque et l’info est moins forte

C’est l’un des paradoxes de l’époque.

Alors qu’il n’a jamais été aussi facile de prendre des photos, les « déserts d’images », zones non couvertes par les photojournalistes, prennent de l’importance aux États-Unis, où les difficultés économiques de la presse locale ont conduit des rédactions à la fermeture ou à se débarrasser de leur service d’iconographie. Même la Californie est concernée, concentrant le plus grand nombre de fermetures de rédactions (24 % entre 2004 et 2019).

Tendance d’autant plus grave qu’elle favorise la prolifération des fake news…

Une association tente aujourd’hui de la contrer : CatchLight, créée en 2015 pour soutenir les « conteurs visuels ». Elle leur attribue des bourses, favorise leur mise en relation avec les journaux, assure le travail d’édition des images que les rédactions ne peuvent plus faire. Elle vient d’annoncer la création d’un bureau californien.

« Les images sont essentielles car elles permettent de comprendre un sujet de manière émotionnelle, et les photographes qui les prennent sont souvent connus dans leur communauté. Pour les gens autour d’eux, ils sont le visage du journalisme », explique Élodie Mailliet Storm, une ex de l’agence Getty Images, devenue directrice de CatchLight.

« L’idée qu’un journaliste peut prendre les photos lui-même avec un iPhone s’est répandue. Or ce n’est pas comme ça que l’on fait un journalisme visuel, nuancé et fidèle à la réalité ».

Et de prendre l’exemple de la photographie d’une fillette hondurienne en pleurs, au pied de sa mère fouillée par un agent à la frontière américano-mexicaine, en 2018.

« Pour avoir cette image, le photographe John Moore a passé dix ans à la frontière à prendre des contacts. On ne se rend pas compte de tout le travail qu’il y a derrière une photo ». Celle-ci est devenue le symbole de la cruauté de la politique de séparation des familles d’immigrés menée par le gouvernement Trump.


Alexis Buisson – Télérama – 16/11/2021