La bataille du « IEL » !

Il n’y aura donc pas que l’immigration ou la religion comme sujets clivants de la campagne présidentielle; la question du genre devrait y occuper une bonne part.

Dernier indicateur en date : les polémiques suscitées par l’introduction récente du pronom « iel » dans la version en ligne du Robert. Iel, ou la contraction de « il » et de «elle », pour désigner les personnes qui se vivent non binaires, c’est-à-dire ne relevant ni du masculin, ni du féminin.

Si son usage reste rare, il est en pleine expansion, surtout parmi les moins de 30 ans — tout comme la notion de genre neutre, qui apparaît désormais aux côtés d’« homme» ou « femme » sur des documents de l’Union européenne.

En intégrant le « iel » à sa dernière mise à jour, Le Robert ne fait donc que remplir sa fonction de dictionnaire, en prise avec les évolutions de la langue. Pourquoi alors une telle bronca, notamment de la part du ministre de l’Éducation nationale, qui a condamné l’initiative ?

Parce que ces trois petites lettres portent à elles seules une vision de la société radicalement différente de celle que nous connaissons. Trop radicale pour ne pas susciter de controverses.

 Au-delà, c’est toute la mouvance dite du « wokisme » qui est au coeur des polémiques, ce courant de pensée et d’études visant à déconstruire (autre terme très en vogue) des phénomènes de domination invisibles pesant sur les minorités.

Or la déconstruction de normes identitaires et sociales séculairement établies recèle un gros potentiel anxiogène, surtout dans un pays déjà peu serein, cerné d’incertitudes économiques, géopolitiques, climatiques…

Autant dire que loin d’être anodin le iel est foncièrement politique.

Capable d’engendrer des fractures dont on commence tout juste à mesurer l’ampleur


Valérie Lehoux – Télérama – N°3750 – 24/11/2021