Nouvelle invention : Une grande Sécu Sociale…

Nouveauté vraiment ou bricolage post électoraliste… Qui seront les gagnant et les perdants dans cette présentation… MC

Le système de « grande Sécurité sociale » soufflé par l’Elysée au Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie (HCAAM) paraît ressembler comme deux gouttes d’eau au projet de « Sécurité sociale intégrale » dévoilé en 2017 par le candidat Insoumis Jean-Luc Mélenchon. Dans les deux cas, la Sécu rembourserait tous les soins, tordant au passage le cou aux mutuelles et aux assurances privées.

Macron gauchiste ?

A y regarder de plus près, les intentions du conquérant libéral et celles du centralisateur partageux diffèrent cependant un chouïa. Selon l’avant-projet du rapport du HCAAM, dévoilé par « Les Echos » (10/11), les riches en général (et les patrons en particulier –[Tiens-tiens y a quoi de changé]) seraient les principaux bénéficiaires du projet, dans la mesure où les cotisations des entreprises seraient remplacées par une augmentation de la CSG.

Cette réforme tsunamienne qui s’annonce au lendemain de la présidentielle (si Macron est réélu) parachèverait l’oeuvre entamée il y a quatre ans.

Les finances de la Sécu ont été fondues dans le budget de l’Etat, et l’assurance-chômage a été placée sous la tutelle du gouvernement.

Naguère, l’Unédic, association de droit privé, était cogérée par les organisations patronales et syndicales. Une autre conquête de l’Etat reste en sursis : les retraites complémentaires (Agirc-Arrco) devraient, selon les termes de la réforme Macron, se voir dévorer par le molosse étatique.

Stratégiquement, le moment est idéal.

Les assemblées générales des mutuelles se tiennent souvent en fin d’année. Et certaines, malgré les injonctions macroniennes, vont devoir augmenter les cotisations pour pallier la taxe que l’Etat prélève depuis 2016 sur chaque contrat de complémentaire santé (5,5 milliards en cinq ans).

« En plus de nous infliger une fiscalité pénalisante, le gouvernement a pris l’habitude de nous imposer des missions nouvelles : remboursement partiel des dépassements d’honoraires dans le cadre du « 100 % santé », des prothèses dentaires et auditives. On ne nous laisse pas le choix », gémit un dirigeant mutualiste.

Dans son rapport, le HCAAM tire à boulets rouges sur les frais de gestion des complémentaires (7,6 % des cotisations, contre 4,5 % pour la Sécu), laissant entendre que les camarades mutualistes et les assureurs privés se gobergeraient avec le pognon des cotisants.

Un conseiller du mouvement mutualiste s’énerve : « D’abord, contrairement aux mutuelles, l’assurance-maladie n’a aucuns frais de recouvrement des cotisations, puisque ce sont les Urssaf qui en sont chargées. Ensuite, les mutuelles gèrent plus de 1400 établissements de santé en France, notamment dans des secteurs mal remboursés comme le dentaire ou l’optique. Nous avons aussi 87 établissements d’hospitalisation et 55 centres médicaux pluridisciplinaires. Tout cela coûte très cher, mais c’est pour le bien des assurés. »

Quelques autres cadres mutualistes admettent toutefois que des dérapages incontrôlés se sont produits ces dernières années. Tout est parti de la décision (prise par François Hollande, sur proposition de la Fédération nationale de la mutualité française) de généraliser les complémentaires.

De l’or pour une santé de fer

Pour les assureurs privés, mais aussi pour les branches « prévoyance » des retraites complémentaires, on aurait dit que le signal de la ruée vers l’or venait d’être donné. Tout ce petit monde s’est jeté sur ce marché à coups de matraquage publicitaire (à la télé, notamment) et d’opérations médiatiques peu liées à la santé : sponsoring de voiliers, d’équipes sur le Tour de France, de voitures aux 24 Heures du Mans, d’équipes de foot. Et même privatisation du musée d’Orsay pour régaler le gratin du social !

Du côté des plus défavorisés, le plat s’annonce plus amer.

Certes, le rapport prévoit un remboursement à 100 % par la seule Sécu, une fois qu’elle aura, grâce à la future loi, avalé les complémentaires. Mais attention ! certains soins ne seront pas remboursés.

A commencer par les prestations « hors panier », selon la délicate expression des rapporteurs. Pour ces soins coûteux, précise le texte, « les patients seraient libres de souscrire une assurance complémentaire ». Tiens, tiens : ces complémentaires ne sont donc pas toutes appelées à disparaître ? On dirait que non.

D’aucunes vont se spécialiser dans les soins onéreux tels les implants dentaires, certaines opérations réparatrices… ou dans les consultations de médecins chers.

Pas question pour la future « grande Sécu », affirment les rapporteurs, de rembourser les dépassements pratiqués par beaucoup de spécialistes. Mais, alors, comment les malades dans la dèche trouveront-il, mettons, un cardiologue à Paris, où la consultation est facturée 80 euros ?

« On risque de se retrouver avec un double système de santé : une branche pour les riches, qui pourront s’assurer confortablement et fréquenter les meilleurs spécialistes, et une pour le menu fretin », avance un ancien patron de la Sécu puis d’une mutuelle.

Question : vaut-il mieux un système multiple de remboursement avec une protection égale pour tous ou un système unique avec une protection inégalitaire ?


Alain Guédé – Le Canard Enchainé – 17/11/2021