«COMPAGNONS DE LA LIBÉRATION», l’enjeu de la vérité historique

Le dernier des compagnons de la Libération, Hubert Germain, a rejoint la crypte du mémorial de la France combattante, au Mont-Valérien. Et maintenant qui va et comment entretenir le souvenir de la résistance au nazisme de 40-45 ?

Des 1038 personnes admises dans cet ordre ne reste plus un seul survivant. Il n’y aura pas de nouvelles nominations dans l’avenir : la liste des récipiendaires de cette distinction créée en 1941 est close depuis 1946, selon la volonté du général de Gaulle.

Il reste, pour transmettre la flamme, cinq collectivités qui sont compagnons (Nantes, Paris, Grenoble, Vassieux-en-Vercors et l’île-de-Sein, constituées en une association des collectivités décorées) et 18 unités militaires distinguées pour leur action collective.

Certes, la composition de l’ordre ne reflète pas exactement la diversité de la Résistance, puisque l’on compte 75 % de membres des Forces françaises libres pour 15 % de la Résistance intérieure (dont les acteurs, le plus souvent clandestins, étaient plus difficiles à identifier) et qu’il ne compte que six femmes.

Il n’empêche : dans un contexte électoral où la stigmatisation et la division prennent une place tragique, l’ordre, avec ses 73 membres étrangers ou nés étrangers, de 25 nationalités différentes, montre que le combat pour la libération de la France ne connaissait ni ethnie, ni nationalité, ni religion.

Le discours prononcé le 11 novembre 2021 par le président Macron a voulu donner à la jeunesse l’exemple de Compagnons qui, pour 10 % d’entre eux, n’avaient pas 20 ans et dont le plus jeune, le Morbihannais Mathurin Henrio, n’en avait pas 15 lorsqu’il fut tué. En affirmant que « l’ordre de la Libération vivra » pour transmettre la mémoire des « héros » qui en font partie, il a aussi adressé un message indispensable à ceux qui tentent, avec un certain écho, de tordre l’histoire de l’Occupation.

  • Félix Éboué, gouverneur du Tchad, rallie la France libre pour que cette colonie échappe à Vichy. Il n’y a pas un Allemand à l’horizon de Fort-Lamy.
  • Quand José Aboulker coordonne la prise de contrôle d’Alger par les résistants avant le débarquement anglo-américain de 1942, les responsables vichystes sont arrêtés. Les Allemands sont alors loin, en Libye.

Reste à savoir comment la mémoire de l’ordre se traduira de façon pratique.

Le mémorial du Mont-Valérien, qui reste peu fréquenté par les Français, a sans aucun doute un rôle à jouer, en complément du musée parisien de l’Ordre de la Libération.

Faute de témoins directs, les manuels scolaires doivent sans doute piocher dans la diversité des parcours personnels et des affiliations politiques des Compagnons (tous n’en avaient pas, d’ailleurs) pour montrer ce que fut la Résistance : une union nationale allant des communistes à d’anciens de l’Action française, des ouvriers et paysans, des cléricaux jusqu’à la haute noblesse, un arc-en-ciel d’origines (un Géorgien, Amilakvari ; un Guyanais, Éboué ; le Polonais Blednicki ; l’Algérien Mohamed Bel Hadj).

Ce qui est en jeu n’est rien de moins que la vérité historique, contre laquelle commence une campagne autrement nocive que celle de la petite secte négationniste ou des néonazis : celle de la relativisation du pétainisme.


Jean-Yves Camus – Charlie Hebdo – 17/11/2021

5 réflexions sur “«COMPAGNONS DE LA LIBÉRATION», l’enjeu de la vérité historique

  1. bernarddominik 21/11/2021 / 18:13

    J’avoue que toutes ces commémorations me paraissent plus une mise en scène du pouvoir que le rappel d’un combat, et un combat pour quelle cause? Plus personne ne conteste que le nazisme à été un fléau, sauf peut-être une poignée de fada dont les médias parlent plus qu’ils ne méritent. Mais la cause est tellement utilisée qu’elle a perdu son historicité pour devenir un fait politique. Je n’écoute plus le déluge verbal de Macron.

  2. bernarddominik 21/11/2021 / 18:13

    J’avoue que toutes ces commémorations me paraissent plus une mise en scène du pouvoir que le rappel d’un combat, et un combat pour quelle cause? Plus personne ne conteste que le nazisme à été un fléau, sauf peut-être une poignée de fada dont les médias parlent plus qu’ils ne méritent. Mais la cause est tellement utilisée qu’elle a perdu son historicité pour devenir un fait politique. Je n’écoute plus le déluge verbal de Macron.

    • Libres jugements 21/11/2021 / 18:51

      Une nouvelle fois, je ne te suivrais pas Bernard.
      Autant je suis contre la politique menée par Macron et tous les gouvernements de droite successifs autant je me battrais pour conserver, mémoire et représentation de certains événements ayant « fait » l’histoire de la France et par voie de conséquence, leurs respect et commémorations.
      Michel

  3. jjbey 22/11/2021 / 10:02

    Se souvenir… pour que cela ne se reproduise plus est essentiel.
    Tirer les leçons de l’histoire doit être un fil directeur pour la pensée.
    Chaque conflit a sa spécificité et quand la loi du 28 février 2012 fixa au 11 novembre le jour de la commémoration de tous les morts pour la France quel que soit le conflit, laissant à penser que tout se vaut, c’est nier l’Histoire.
    C’est un obstacle au nécessaire travail de mémoire, c’est nier l’histoire et la construction de notre Nation (extraits du discours que j’ai prononcé au monument aux morts le 11 novembre 2021). C’est un peu la même démarche que le « 1ᵉʳ mai fête du muguet ».

  4. Danielle ROLLAT 22/11/2021 / 21:31

    L’éducation et le devoir de mémoire passent en effet par la commémoration de la fin des conflits du XXème siècle, d’autant qu’il y a encore des témoins en vie, et leurs descendants qui vont témoigner dans les écoles et qui sont encore en pleine possession de leur mémoire.
    – Je pense en particulier à 2 femmes : Odette NILES, Présidente de l’Amicale de Chateaubriant, Voves, Rouillé, Aincourt, « la petite fiancée de Guy Moquet » arrêtée après la manif des étudiants du 11 novembre 1940, et à Madeleine RIFFAUT, dite RAINER, engagée dans les combats de la Libération, arrêtée et torturée, 2 héroïnes pour moi.
    Deux BD viennent de sortir et racontent leur histoire. Elles témoignent toujours, même si elles ne peuvent plus se déplacer dans les écoles, ni participer.
    – Je pense aussi aux copains de mon frère, et à mon cousin, appelés du contingent en Algérie, pour les opérations de maintien de l’ordre, revenus traumatisés, et croisés lors de chaque commémoration, leurs rangs s’éclaircissant d’année en année.

    Enfin, je n’oublie pas que le Président GISCARD D’ESTAING avait supprimé le jour férié du 8 mai commémorant la victoire de 1945, rétabli par le Président MITTERRAND.

    Même si la France « est la fille ainée de l’Eglise » ces commémorations laïques me semblent aussi nécessaires et importantes que la Toussaint, Noël, Pâques, l’Ascension, l’Assomption, la Pentecôte, et la Circoncision du 1er janvier.
    C’est certes notre culture judéo-chrétienne mais les commémorations des 11 novembre, 19 mars, 8 mai, c’est le vécu et les souffrances de ce siècle. Je n’oppose rien, je pense que nous devons tout garder.

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