Ces contrats jeunes …

L’entourloupe budgétaire du contrat d’engagement jeune ou comment séduire les jeunes à moindre coût (budgétaire) ?

  • Après des mois de tergiversations, Macron vient de trancher : ce sera le « contrat d’engagement jeune ».
  • Le principe : verser jusqu’à 500 euros par mois à 500 000 bénéficiaires, à condition qu’ils suivent une formation. La facture annuelle s’élève à 2,6 milliards.
  • Problème : le budget de 2022, lui, ne consacre que 550 petits millions à ce contrat. Cherchez l’erreur.

L’histoire commence à la fin de 2020.

Macron entame une opération drague visant l’électorat juvénile. Le 4 décembre, il accorde une longue interview à Brut, un média en ligne comptant 3,7 millions d’abonnés sur Facebook. En février, il demande aux youtubers McFly et Carlito un clip sur les gestes barrières, qui récolte plus de 10 millions de vues. En récompense, les humoristes sont invités à participer, à l’Elysée, à un « concours d’anecdotes » avec le président de la République, largement diffusé sur les réseaux sociaux.

Dans ce climat jeuniste, le 8 janvier, la ministre du Travail avait annoncé la création d’une « garantie jeune universelle ». « Ce sera mieux que le RSA », promet alors Elisabeth Borne. Même si le Président a indiqué à Brut qu’il n’était « pas fan du RSA jeune ».

Alors qu’une partie de la gauche se réjouit (Lyon et Paris ont, dans leurs cartons, un projet de revenu minimum pour les 18-25 ans) la droite hurle à l’assistanat.

Le gouvernement est divisé ; à Bercy, notamment, on ne veut pas entendre parler de ce revenu. Dans la presse, les évaluations se multiplient. « Jusqu’à 8 milliards », annonce « L’Obs » (5/7).

Le 12 juillet 2021, dans une énième interview, Macron met fin aux supputations : « Je présenterai à la rentrée le revenu d’engagement pour les jeunes. » Mais quand, le 22 septembre 2021, le budget est adopté par le Conseil des ministres, le dispositif n’est pas évoqué. C’est qu’au gouvernement on se dispute encore sur son montant et ses modalités.

Revenu de tout

Il faudra attendre le 3 novembre 2021, alors que la discussion budgétaire entre dans sa troisième semaine, pour qu’arrive l’amendement encadrant le « contrat d’engagement jeunes », un nom censé faire comprendre qu’il n’est pas question d’entretenir des oisifs (le contrat conditionnant l’obtention d’un revenu au suivi d’une formation).

Si les fonds débloqués pour ce grand dessein sont plutôt riquiqui, c’est que, explique un document du ministère du Travail, « le contrat d’engagement jeune représente un investissement de 2,6 milliards, dont 2,050 milliards » proviennent d’un autre « budget, de 5,4 milliards, déjà inscrits au budget 2022» : celui du plan « 1 jeune, 1 solution », créé en 2013 par Hollande et qui (ô surprise !) verse déjà 497 euros par mois (pas loin du RSA) à 200 000 attributaires, sous réserve qu’ils suivent… une formation.

Annoncer un « revenu universel » pour les jeunes, ça a tout de même plus de gueule qu’augmenter de 10 % un budget déjà existant.


Hervé Martin – Le Canard Enchainé – 17/11/2021


Rappelons que nous sommes bien en période électorale et que toutes les annonces y comprises les tapent à l’œil, les entourloupes, les fausses promesses et les vraies attrapes gogos ; font florès… MC