Nazillon où censeur Biterrois?

La bibliothèque de Béziers liquide les journaux de trop

La gazette locale « La Pieuvre du Midi » ne fera pas son retour à la médiathèque André-Malraux de Béziers.

Après l’articulet du « Canard » (27/10) racontant comment ce petit journal satirique avait subitement disparu des rayonnages, la sentence de la communauté d’agglomération dirigée par Robert Ménard, dont dépend la bibliothèque, a été confirmée : l’abonnement à « La Pieuvre du Midi », fondée il y a cinq ans et qui avait le tort de ne pas être de la même obédience que l’édile ultra-droitier, n’a pas été renouvelé. Christophe Pastor, son fidèle vice-président à la culture et maire de la bourgade d’Alignan-du-Vent, a bien volontiers entériné cette décision.

« Jeune Afrique » c’est pas chic

A peine élu patron de l’agglomération, à l’été de 2020, Ménard avait embauché Stéphane Million, un éditeur indépendant, pour diriger la médiathèque intercommunale. Il y a un mois, ce zélé serviteur a procédé à l’élimination de « La Pieuvre du Midi », mais aussi d’autres titres. Au « Canard », il explique joliment que, dans le cadre d’une restructuration du « pôle actualités » de la bibliothèque, il a dû entreprendre un « désherbage ». Une réorganisation devant permettre, selon lui, d’« aller à l’essentiel », de dégager des économies et de se contenter d’un « nouveau mobilier restreint ».

Curieusement, le désherbant a fauché l’encombrant journal d’opposition « La Pieuvre », qui coûtait horriblement cher (100 euros par an), au motif qu’il n’avait été emprunté « que 54 fois en 2020 ». Même traitement pour le mensuel « Jeune Afrique », « qui n’a pas trouvé son public », raconte sans rire le patron de la bibliothèque de Béziers. Avant de nous tirer des larmes : « On a aussi écarté un magazine consacré à la corrida. Ça m’a fait chier de supprimer « Jeune Afrique ». » On voit ça d’ici…

Officiellement, Ménard n’est pas intervenu dans ce choix. « Après, il y a eu un arbitrage politique de la vice-présidence de l’agglo, bien sûr, qui a validé mon projet d’ensemble », admet Million, qui, en décembre prochain, quittera son poste pour raisons personnelles.

Curieusement, Robert Ménard ne s’est pas opposé à cette élimination de journaux dans une médiathèque publique, financée par les impôts de tous les Bitterrois — y compris ceux qui les lisent. Lui qui, régulièrement, fait campagne contre les médias publics au motif qu’ils ne sont pas assez pluralistes.:. alors que ce sont les contribuables qui les financent.

Le bobard de Ménard

Le 7 octobre 2021, chez Pascal Praud, sur CNews, il pleurnichait encore, expliquant qu’il avait été invité sur France Inter « il y a seulement quatre ou cinq ans, et, depuis, plus jamais. (…) C’est juste mes impôts, ça me met hors de moi ! » Ce qui, au passage, a aussi mis Praud dans une rage folle : « M. Ménard, maire de Béziers, pas invité depuis quatre ans, pas de problème, bonjour France Inter ! (…) Ce sont des gens qui font de la propagande tous les matins avec votre argent. »

Le vrai problème, c’est surtout le gros mensonge de Ménard. Il avait été invité trois semaines plus tôt sur France Inter (13/9), pour y promouvoir pendant quinze minutes son livre « Chère Marine ».

Ils servent aussi à ça, les impôts de Ménard Robert et Praud Pascal.


Christophe Nobili – Le Canard Enchainé – 10/11/2021