Attention : Ils phagocytes «la présidentielle»

Ne nous laissons pas voler la campagne présidentielle !

Nos concitoyens souffrent d’une hausse considérable des prix des produits de première nécessité tandis que les rémunérations du travail stagnent. Après la crise financière de 2008, prétexte à des choix austéritaires, les familles populaires subissent les effets du choc de la crise sanitaire et de l’inquiétante crise environnementale qui figure bel et bien au cœur de leurs préoccupations.

Qu’à cela ne tienne ! De puissantes forces tentent d’écraser le débat public en vue de l’élection présidentielle en le déplaçant vers les enjeux de sécurité, d’immigration ou d’identité nationale. D’un même mouvement elles dévaluent l’élection des députés qui aura lieu cinq semaines plus tard.

Durant des semaines et jusqu’au mois de septembre, le grand complexe médiatico-politique et sondagier, nourri par quelques milliardaires, n’a cessé de dessiner un paysage politique à partir d’un duopole Macron/ Le Pen.

Voici que, début septembre, un nouvel acteur a surgi comme un diable en boîte pour installer un trépied droitier : Macron/ Le Pen/ Zemmour. Depuis lors, des organes de presse et les chaines d’information en continu somment les citoyens de choisir entre les deux candidats d’extrême droite, présentés l’une comme sensible aux questions sociales, l’autre comme soucieux de ne pas laisser la France décliner ou « perdre son identité ».

L’espace public est ainsi saturé de vents mauvais soufflés par l’extrême droite et par une droite qui n’a plus d’autre ambition que de la copier. De ce point de vue, le pseudo-débat entre candidats des « Républicains » en vue de leur congrès aura été révélateur. Comment peut-on d’ailleurs continuer de tolérer que, pour cette « primaire », quatre débats télévisés soient organisés pour déterminer le choix de … 120 000 votants chauffés à blanc ?

S’en est suivi, le lendemain, la prestation-meeting du télé-président candidat qui avait les tapageuses couleurs et les fortes odeurs de la bonne et vieille droite. Les travailleurs y ont été accusés de ne pas assez travailler et les privés d’emploi d’être responsables de leur condition. Mieux encore ! Désormais, les prétendus débats entre journalistes ou « experts » télévisuels qui suivent les débats ou interventions télévisées du Président ne visent plus à développer une pensée critique contradictoire. Ils ont pour seule fonction de suggérer que ces droites ne sont jamais assez à droite de telle sorte qu’on puisse présenter l’hôte de l’Elysée comme un « modéré ».

L’enjeu est clair : étouffer tout débat sur une alternative démocratique et transformatrice de gauche et progressiste. Toutes ces forces politiques présentées comme susceptible de remporter l’élections présidentielles ont cette particularité d’être d’accord sur une régression sociale accentuée : pas d’augmentation des salaires et recul de la protection sociale au nom de la baisse du coût du travail, recul de l’âge de départ à la retraite, destruction des secteurs publics et de la fonction publique, nouvelles privatisations, poursuite de la diminution des impôts sur le capital, utilisation de la dette pour réactiver les rabots contre les droits sociaux et la protection sociale…

Moins l’électrice ou l’électeur dispose d’éléments pour raisonner, débattre, faire un choix en conscience, plus sont mobilisés les ressorts de la peur. Une partie de l’électorat est ainsi aiguillonnée vers les droites tandis que l’on suggère à l’autre que rien ne sert d’aller voter.

L’enjeu est considéré comme décisif pour les forces du capital. Car un débat sérieux et argumenté sur les effets de la pandémie virerait à un implacable acte d’accusation contre le capitalisme et conduirait nombre de nos concitoyens à chercher un processus pour en sortir.

La crise sanitaire met en effet au grand jour l’état de délabrement avancé de notre système de santé et de l’hôpital public sous les coups de boutoir de l’austérité sans fin que nos gouvernants continuent de bénir à Bruxelles après tant d’années. Ecouter réellement les médecins et tous les personnels de santé conduirait à refonder l’hôpital public tout en redonnant sens au précieux travail de ses personnels au service du bien commun.

La pandémie et les enjeux qu’elle soulève obligent à penser plus large et plus profond tant les conditions de la santé humaine et animale dépendent de la biodiversité, d’une alimentation de qualité, de la protection de l’air comme de l’eau, du climat, des conditions et du temps de travail, de la qualité des transports et des logements.

 Ces enjeux fondamentaux devraient figurer au cœur d’un nouveau projet révolutionnaire de sécurité de vie émancipée pour chacune et chacun. C’est évidemment tout le contraire de l’exploitation forcenée de l’homme et de la nature commandée par la recherche du profit maximal et à n’importe quel prix, de l’allongement du temps de travail, de l’appropriation privée des grands moyens de production et d’échanges, des traités de libre-échange mis au service des firmes transnationales.

Vient d’apparaître aux yeux de beaucoup, ces dernières semaines, que la mondialisation capitaliste qui a conduit à détruire usines et exploitations agricoles a tout autant affaibli la capacité de la France à produire dans plusieurs secteurs. On manque de minuscules pièces pour terminer des voitures, on manque de matériaux de construction et de papier. Même la saison de cyclo-cross et peut-être les courses sur route seront handicapées car on ne peut plus se fournir en vélos. On pourrait ainsi multiplier les exemples. Non seulement le capitalisme secrète injustices et inégalités, mais en plus il devient inefficace et peut bloquer le fonctionnement des sociétés.

Celles et ceux qui occupent les plateaux de télévisions ne veulent évidemment pas débattre de ces sujets. Ils enferment donc les citoyens dans la cage de la « raison capitaliste » et désignent tantôt l’immigré, tantôt le chômeur, tantôt les deux et le « coût » du travail comme responsables de la situation pour mieux accélérer cette fuite en avant visant à préserver la minorité des possédants.

Les mêmes nous avaient expliqué que les traités européens adoptés de la manière la plus anti-démocratique qui soit étaient parole d’évangile, dont celui que nos concitoyens et ceux des Pays-Bas ont rejeté en 2005. Voici désormais que le fameux critère des 3% de déficit public a sauté aussi vite qu’un bouton de chemise trop serré, tandis que la Banque centrale européenne finance une partie des besoins à partir de la création monétaire. Ce que nous n’avons cessé de réclamer pendant des années… Une brèche est bien ouverte dans cette Europe des marchands et des comptables qui pourrait servir aux combats contre le pacte de stabilité et à engager un processus de refondation de la construction européenne.

La crise que nous traversons a mis en évidence le rôle décisif des travailleurs de premières lignes pourtant si méprisés, invisibilisés, surexploités, pour lesquels il est urgent d’augmenter les salaires. Une campagne présidentielle devrait être le moment privilégié pour associer, impliquer les électeurs et les électrices dans un grand débat sur l’avenir de chacune, de chacun et de toute la communauté nationale.

Au lieu de cela, nous avons droit à une valorisation insensée de l’homme providentiel qui décide seul de tout, venant prodiguer une « bonne parole » subventionnée, au mépris du Parlement et en l’absence de tout débat d’alternative. Un sursaut démocratique est indispensable. Invitons nos proches, nos connaissances à s’impliquer dans des discussions démocratiques qui leur permettent de saisir la portée des élections présidentielles et législatives


Le lettre du 13 nov 2021 – Patrick Le Hyaric – Source (Extraits)

Une réflexion sur “Attention : Ils phagocytes «la présidentielle»

  1. bernarddominik 14/11/2021 / 09:18

    Oui, ils ont réussi à nous laisser le choix qu’entre le libéralisme débridé de Macron qui signifie plus d’argent pour les actionnaires moins pour les travailleurs et les retraités. Et l’extrême droite divisée entre l’ultra-libérale avec Zemmour et la socialiste-nationaliste Le Pen.
    On voit bien que Zemmour a été suscité par les amis de Macron qui craignent le programme social de MLP, comme en 1934 Hitler a éliminé l’aile socialisante des nazis pendant la nuit des longs couteaux.
    Mais, peut-on croire aux promesses sociales de MLP?

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