C’est férié

Alors que la tendance va vers l’oublie, il reste que ce jour férié mérite à juste titre le respect. Encore faut-il que la population reste informée correctement des faits historiques. MC

L’armistice de 1918 a été signé le 11 novembre 1918 à 5 h15 du matin. Elle marque la fin des combats de cette Grande Guerre qui a fait des millions de morts, et de blessés dont 8 millions de civils. 

Cet accord a été célébré dès l’année suivante, mais plutôt discrètement. Il faudra attendre 1920 pour que la commémoration du 11 Novembre se déroule officiellement et soit célébrée en grande pompe.

De fait, le jour de l’Armistice n’est pas célébré qu’en France. Cette date est aussi un jour de fête dans de nombreux pays impliqués dans la 1ère Guerre Mondiale.

Avec ses dix millions de soldats morts, la guerre 14-18 a fait entrer l’humanité dans une ère nouvelle. Une époque où la valeur de la vie humaine ne revêt plus qu’une importance relative.

On peut observer des destructions massives, des attaques féroces contre les civils, une absence de tout respect des règles humanitaires, du terrorisme, des génocides et l’utilisation de l’arme de la faim.

Il faut insister sur l’horreur des soirs de bataille où l’on voit les morts, avec leurs grimaces atroces, leurs blessures béantes, la tête  fracassée, les entrailles pendantes, les blessés avec leurs attitudes suppliantes.

Les civils souffrent d’abord de la mort de leurs proches, mais aussi des pénuries d’aliments, de biens de première nécessité et du travail excessif lié au départ à la guerre de la plupart des hommes.

Les nécessités de la guerre bouleversent la vie des femmes : « Debout, femmes françaises, jeunes enfants, filles et fils de la Patrie ! Remplacez sur le champ du travail ceux qui sont sur les champs de bataille. Il y aura demain la Gloire pour tout le monde. Vive la République ! Vive la France ! », d’après René Viviani, président du Conseil, 2 août 1914.

Aux morts s’ajoutent ceux qui ont été meurtris dans leur chair, les blessée, les mutilés, mais aussi les millions de veuves et d’orphelins.

1914-1918: l’Afrique a payé un lourd tribut à « la Grande guerre »

On ne connaît toujours pas précisément les noms des quelque 45 000 soldats africains morts ou disparus à Verdun, au Chemin des Dames, aux Dardanelles… Entre 1914 et 1918, la France a envoyé au front 500 000 soldats venus des colonies.

Soutenue par son empire, la France a pourtant longtemps occulté la mobilisation de ces hommes venus d’Afrique. Le continent africain lui a fourni 165 000 citoyens de l’Afrique Occidentale française (AOF), 18 000 de l’Afrique Equatoriale française (AEF), plus de 172 000 Algériens, près de 100 000 Tunisiens et Marocains et 40 000 Malgaches. Ils ont été engagés à la fois sur le front de France, aux Dardanelles et sur le front d’Orient (les Balkans).

Incorporés dans les bataillons dits de « tirailleurs sénégalais », ces hommes étaient originaires des pays qui constituaient alors l’Afrique Occidentale française, qui regroupe les actuels Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin, Guinée, Mali, Burkina Faso, Niger, Mauritanie et Madagascar. 

Le 16 avril 1917, 15 000 tirailleurs sénégalais sont lancés, en première ligne, à l’assaut des crêtes du Chemin des Dames. Incorporés à la VIe armée, ils sont placés sous le commandement du général Mangin qui espère démontrer la valeur de la « Force noire », décrite dans son livre paru en 1910. Malgré l’engagement de chars d’assaut, la bataille menée entre la Somme et l’Oise se révèle désastreuse. A la fin de cette journée effroyable, près de 1 400 tirailleurs sénégalais, paralysés par le froid, sont tombés sous le feu des mitraillettes allemandes. 

Au côté de Mangin, le général Nivelle promet la victoire « en 24 ou 48 heures ». Une dizaine de jours plus tard, l’offensive n’est toujours pas terminée, les combats ont entraîné la mort de 30 000 soldats français, dont 7 500 tirailleurs sénégalais, soit environ 45% des effectifs engagés.

Une telle hécatombe, ajoutée à l’espoir déçu d’une fin de la guerre, provoque une série de mutineries. Dès 1915, les résistances face au recrutement forcé de tirailleurs en Afrique prennent la forme de révoltes ouvertes, comme dans le Bélédougou (Mali), dans l’Ouest-Volta (Burkina Faso), au nord du Dahomey (Bénin) en 1916, ou encore à Madagascar.

Corps expéditionnaire d’Orient

De nombreux tirailleurs sénégalais seront également tués sur le front d’Orient, lors de la bataille des Dardanelles en Turquie. Pour attaquer les Turcs (alliés des Allemands), les alliés occidentaux créent un nouveau corps expéditionnaire sous les ordres du général anglais Hamil­ton. Ce corps comporte quatre divisions britanniques (12 000 hommes) et le groupe­ment français du général d’Amade, dénommé CEO (Corps expéditionnaire d’Orient) dans lequel figure la 2e brigade mixte coloniale (6 000 hommes répartis en deux bataillons de « coloniaux » – essentiellement des Pieds-Noirs, des Algériens musulmans et des tirailleurs sénégalais).

Le débarquement a lieu sur les deux rives des Dardanelles. Côté asiatique, c’est un succès : les troupes françaises prennent une à une les tranchées turques lors de combats au corps à corps grâce aux Sénégalais. Malgré les pertes sévères (770 morts côté français), les assaillants sont maîtres du fort. Sur la rive européenne, les Britanniques auront moins de succès. La bataille des Dardanelles sera au final un fiasco militaire pour les alliés.

Durant la Grande guerre, les tirailleurs sénégalais se battent également dans les Balkans, contre l’Allemagne et la Bulgarie. En 1918, ils permettent aux alliés occidentaux de remporter une victoire déterminante sur la Bulgarie.

Des bras pour les usines

JUSTE UN PETIT RAPPEL… pour certains

Le Maghreb n’a pas seulement contribué à l’effort de guerre dans les tranchées mais également en fournissant des milliers de bras pour les usines. Durant quatre ans, l’Afrique du Nord va envoyer 180 000 travailleurs dans l’Hexagone, dont beaucoup vont rester sur place après la fin des hostilités. 100 000 Algériens et 40 000 Marocains ont été envoyés en métropole, essentiellement dans les grandes villes comme Paris, Marseille, Lyon et Saint-Etienne, mais aussi quelquefois dans les campagnes, afin de remplacer la main-d’œuvre masculine partie au front.

Les premiers quartiers historiques maghrébins de France se sont constitués à cette époque : la Goutte-d’Or à Paris ou encore Vénissieux à Lyon. C’est de la Première guerre mondiale que date l’immigration maghrébine en France.