Liberté d’expression !

À l’ère des Trump, Bolsonaro ou Zemmour, tous les coups semblent permis en se drapant dans la sacrosainte liberté d’expression.

Sans verser dans la censure, comment empêcher les bonimenteurs de répandre leur parole ?

C’est un combat de rue version réseaux sociaux, studios radio, plateaux télé. Une échauffourée par twittos et micros interposés et une machine à tester la résistance de la liberté d’expression. C’est la campagne présidentielle « off »

Une campagne brutale en marge de la programmation officielle, loin des salamalecs et des interviews policées, baignant dans la provoc, l’insulte et la menace. Quand un journaliste (Éric Naulleau) menace un humoriste (Yassine Belattar) de lui casser la gueule sur le plateau de Cyril Hanouna ; quand un professeur d’histoire à la gâchette légère (Jean Garrigues) accuse un homme politique de « trouve[r] des excuses au meurtre de Samuel Paty » parce qu’il a osé parler du bon usage des caricatures en classe ; quand Nicolas Dupont-Aignan promet d’ouvrir un bagne à Kerguelen pour y entasser « les islamistes », et quand les chaînes d’info se muent en chaînes d’opinion rageuse, on se demande, comme Coluche dans sa fameuse « Revue de presse » : « Mais jusqu’où iront-ils ? »

… Parce que la campagne ne fait que commencer. Et surtout parce que la liberté d’expression n’a jamais gravé dans le marbre ce qui peut être dit et ce qui doit être tu. C’est sa grandeur et son talon d’Achille.


On connaît ses fondations, le sublime article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789) : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

On connaît aussi ses pare-feux, qui précisent les « abus » susmentionnés : la loi de 1881 sur la liberté de la presse sanctionnant injures, outrages et diffamation ; la loi Gayssot de 1990 punissant le délit de négationnisme ; on connaît enfin les ajouts sur la provocation à la haine (qui comprend le racisme et l’antisémitisme), ou l’apologie du terrorisme.

Ce qu’on ne maîtrise pas, en revanche, c’est la capacité de certains politiciens, journalistes et petits drôles (ou moins drôles) des réseaux sociaux à tordre ces principes à l’extrême, histoire de bien pourrir la campagne d’ici au mois d’avril.

Avec la liberté d’expression, tout est affaire de contexte, l’histoire l’a démontré.

[…]

« On est dans une période caractérisée par trois phénomènes marquants, explique Denis Ramond, politiste et enseignant à l’université de Marne-la-Vallée […] :

  • une crise économique endémique, génératrice de clivages sociaux et de grosses tensions ;
  • la Covid-19 : ce n’est pas la Grande Peste, mais les historiens savent que les épidémies sont propices à la recherche de boucs émissaires et d’ennemis ;
  • la période électorale qui s’ouvre, forcément caractérisée par un état de fébrilité aiguë.

Dans ce contexte particulier, la liberté d’expression ne fonctionne plus seulement comme un principe : elle est devenue une arme politique. Le moyen de se faire passer pour une victime et de dire tout le mal qu’on pense de ses adversaires — que ce soit pour assurer son existence sociale ou, si l’on est candidat, sa survie politique.

[…]


La rédaction de Télérama. Titre original : « la liberté d’expression, la Libye parfaite pour dire tout, et surtout n’importe quoi ». Source (Extraits)

Une réflexion sur “Liberté d’expression !

  1. Danielle ROLLAT 14/11/2021 / 15:07

    Et le bourrage de cranes, la promotion scandaleuse… les divisions… vont durer jusqu’au 2ème tour des élections législatives… de quoi favoriser un peu plus l’abstention ou les votes extrêmes… Vite DEBOUT…

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