Retour inflationnistes

L’inflation, c’est comme le cholestérol : il y a la bonne et la mauvaise.

La bonne, c’était celle des années 1970, qui a permis à une génération de devenir propriétaire de son logement à peu de frais. En effet, à cette époque, les salaires étaient indexés sur les prix. De plus, les forts gains de productivité permet-

taient une hausse importante du pouvoir d’achat. Résultat : le salaire net des salariés augmentait. Mais leur remboursement d’emprunt était toujours le même. Mois après mois, la charge de logement s’allégeait, libérant du pouvoir d’achat pour partir en vacances. C’était le bon temps, les amis !

Dans les années 1990, notre cher Oncle Bernard s’est époumoné contre les hausses des taux d’intérêt décidées par Jean-Claude Trichet, et souhaitées par Pierre Bérégovoy, afin de faire de la France une Allemagne, c’est-à-dire un pays sans inflation. Et vas-y que j’augmente à mort les taux d’intérêt, moins de crédit, c’est moins de consommation, les vendeurs sont obligés de baisser leurs prix : l’inflation est vaincue. De plus, lorsque la demande baisse, le chômage augmente. Et donc, les salaires traînent au ras du sol.

Les entreprises produisent à pas cher, elles sont « compétitives ». Certes, pendant ce temps-là, le chômage de masse s’installe, la pauvreté devient endémique, le FN monte, mais pas grave, on est compétitifs !

Donc, dans les années 1970, l’inflation, c’était tout bon pour les salariés. Puis, dans les années 1980 et 1990, la lutte contre l’inflation a largement été une lutte (victorieuse) contre les prolos. Est-ce à dire que, aujourd’hui encore, comme dans les seventies, l’inflation peut «rogner les dettes des pauvres », comme l’affirme Gaël Giraud, conseiller économique en chef d’Arnaud Montebourg?

Pas du tout, selon Alexandre Delaigue, professeur à l’université Lille-I, qui souligne que, depuis 1983 et un certain Jacques Delors, les salaires, à l’exception notable du smic, ne sont plus indexés sur l’inflation. Et quand on ajoute le « zéro pouvoir syndical » dans les entreprises et le point d’indice des fonctionnaires gelé depuis 1936 environ…

Bref, nous dit Delaigue, si une inflation durable s’installe, elle va « toucher de plein fouet les classes moyennes », qui n’ont aucun moyen d’obtenir des hausses de salaires. Donc, si tous les prix s’emballent, les « gilets jaunes », ce sera de la rigolade à côté de ce qui nous attend.

Surtout que trois inflations se cumulent.

  • La première,c’est celle de la reprise actuelle : hausse du gaz, de l’électricité, du pétrole, des matières premières, difficultés d’approvisionnement qui accroissent les coûts de production.
  • La deuxième vient des restrictions au commerce mondial, soit en raison du protectionnisme, nécessaire si nous voulons rebâtir un semblant d’industrie, soit en raison de la hausse des coûts de transport.

Or le libre-échange profite aux consommateurs pauvres, qui, certes, sont au chômage à cause de lui, mais économisent 1 000 € par an grâce à lui… selon une étude des économistes surpayés de la Banque de France (1).

  • La troisième et dernière inflation, la pire sans doute, c’est celle que nous impose cette saloperie de planète : entre la voiture électrique à 30 000 € et la rénovation obligatoire du logement, au secours !

Donc, la chute du pouvoir d’achat, on n’en est vraiment qu’au tout, tout, tout débute (2).


Jacques Littauer. Charlie Hebdo. 03/11/2021

2 réflexions sur “Retour inflationnistes

  1. bernarddominik 09/11/2021 / 08:00

    Avec la suppression de l’échelle mobile des salaires par les socialistes l’inflation s’est retournée contre les salariés et les retraités.
    Seuls y gagnent les gros investisseurs et les banquiers.

  2. jjbey 09/11/2021 / 09:22

    Ce sont des milliards que le capital récupère avec l’inflation ne serait-ce qu’avec le décalage entre les taux d’intérêt de l’épargne et le taux d’inflation réel.
    On y ajoute le blocage de salaires des agents du service public et la non-revalorisation des retraites…… quand la baguette augmente de 20% l’eau le gaz et l’électricité grimpent vers des sommets jamais atteints que se passe-t-il?
    Le CAC 40 s’envole et le nombre de pauvres augmente.

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