Pas l’aumône…

Non, ce n’est pas l’aumône que la plus grande partie de la population salariale et retraité demande, mais bien un rattrapage du pouvoir d’achat général. Comment ne pas s’empêcher de mettre en parallèle les profits des entreprises du « CAC 40 », des « PME » ou la rémunération des actionnaires, l’envolée des salaires patronaux, qui, depuis des mois, n’ont jamais été aussi élevés et la misère qui s’installe, les fins de mois de plus en plus difficiles. MC

Ce billet de 100 € pour celles et ceux qui gagnent moins de 2 000 € par mois que sort le pouvoir des caisses de l’Etat dit exactement la nature de sa politique : éviter que la bouilloire sociale n’explose sans augmenter la rémunération du travail, ni baisser les impôts indirects.

100 € vite avalés par le prix des plein de carburants ou du caddie de la semaine. Évidemment, pour impressionner, les responsables dépensent beaucoup d’encre et de salive pour agiter le coût de l’opération : 3,8 milliards d’euros.

Jamais ils ne disent pas que cette somme sera compensée quasi intégralement par les recettes supplémentaires de TVA et des taxes sur les carburants résultant automatiquement de cette même hausse des prix que le pouvoir et les institutions européennes refusent de combattre.

Jamais, non plus ce chiffre n’est comparé avec les manipulations dont sont coupables des banques et des fonds de pensions qui ont détourné 33 milliards d’euros de taxes sur les dividendes (1).

Il ne s’agit pas pour le pouvoir d’être juste et efficace, il veut que la somme de 100 € soit visible sur les feuilles de salaires et des pensions à la veille des élections présidentielles.

Ajoutons que le critère uniforme d’octroi de cette aide pour celles et ceux qui n’ont que 2 000 € par mois ne tient aucun compte des conditions de vie réelles des citoyens.

D’autre choix bien plus justes auraient pu être mis en œuvre : celui de pousser à l’augmentation des rémunérations en commençant par celle du salaire minimum et en revalorisant les agents de l’Etat et des collectivités territoriales. Il aurait pu aussi diminuer les taxes sur les carburants et l’électricité.

Parce qu’il protège le grand patronat, le pouvoir refuse de répondre aux demandes d’amélioration des rémunérations du travail et des pensions de retraites. Les profits et la rentabilité du capital restent intacts et le billet de 100 € est en vérité un bouclier contre les revendications salariales. Les premiers de corvée connaîtront encore des mois qui finissent le 15 !

Le refus de baisser les impôts indirects, les plus injustes qui soient, répond aux orientations européennes qui dans leurs recommandations semestrielles aux Etats (issues du pacte de stabilité) demande d’augmenter pour financer la dette les impôts dit de « consommation » afin de diminuer l’impôt dit « de production » c’est-à-dire les impôts sur le capital.

Le double combat pour la justice sociale, qui implique l’augmentation des salaires et des retraites et la justice fiscale, doit prendre de la vigueur. Il doit s’accompagner d’une bataille pour abolir le pacte de stabilité européen et ses absurdes critères, et s’accompagner d’une vision à long terme pour notre indépendance énergétique avec la réhabilitation du monopole public d’EDF démocratisé et un processus de reconquête de notre souveraineté alimentaire qui doit cesser d’être tributaire du marché capitaliste.

L’alimentation doit donc être sortie des négociations internationales de l’Organisation mondiale du commerce et des traités de libres échanges. Cela n’exclurait pas des coopérations entre peuples et entre Etats, bien au contraire. C’est l’appel à une nouvelle cohérence progressiste contre les lois de l’argent-roi.

1) Ce chiffre a été révélé par l’enquête de 15 médias internationaux.


La lettre du 30/10/2021 – Patrick Le Hyaric – Source Web (Lecture libre)