Social-Démocratie !

Le tout-faux de la gauche française

La gauche française et les écologistes représentent (hors Lutte ouvrière et le NPA) un potentiel de 27 % des intentions de vote au premier tour de la présidentielle. De quoi aller au second tour, si ce n’était que l’union est impossible.

Une faute, alors que 61 % des Français disent croire au « grand remplacement » et que Zemmour est donné comme challenger de Macron par un récent sondage Le Monde-Cevipof…

Pourtant, l’expansion du national-populisme identitaire n’est pas une fatalité en Europe. Cette année, la gauche a repris le pouvoir en Norvège, ramenant le Parti du progrès à son niveau du début des années 1990.

Le SPD allemand a ravi la chancellerie à la CDU contre toute attente, au terme d’une campagne qui a cantonné l’extrême droite juste au-dessus de 10 % et lors de laquelle les questions sociales et économiques ont totalement rendu inaudible la petite musique identitaire.

L’extrême droite bulgare a été réduite à néant en juillet par les partis anticorruption. Les gouvernements socialistes espagnol et portugais sont toujours en place, et les municipales italiennes de ce mois-ci ont donné les clés de Rome, Turin, Milan, Bologne et Naples aux progressistes : gros coup sur la tête de Salvini et des postfascistes de Fratelli d’Italia.

Prochaine étape : les législatives hongroises, prévues pour avril 2022, avec pour objectif d’éjecter le Fidesz au profit d’une coalition totalement baroque des sociaux-démocrates, des libéraux et des ultranationalistes du Jobbik. Ces derniers se sont « recentrés » vers le christianisme social sous la houlette de Péter Jakab, qui tente tant bien que mal de convaincre que son parti a abandonné sa détestation rabique des Juifs et des Tsiganes, et défend désormais les petites gens qui en ont assez de l’affairisme du clan Orbân.

Dans le combat pour éliminer le héraut de la démocratie illibérale, tous les coups tactiques sont bons, y compris le choix d’un conserva­teur catholique fier de ses sept enfants, Péter Màrki-Zay, dési­gné contre une candidate de gauche.

Admettons que ce soit le prix à payer pour dégager l’idole de la réaction, mais c’est un peu dur à digérer. Tout comme le fait que le leader populiste et xénophobe tchèque Andrej Babis ne disparaisse de la scène que par la victoire aux élections des 8 et 9 octobre d’une coalition hétéroclite qui donnera le pouvoir à Petr Fiala, un conserva­teur plus propre que son prédécesseur, mais pas moins à droite.

Il n’y a donc plus de «vague nationale-populiste ».

Sauf en France, où la somme de Zemmour et Le Pen atteint 30 %.

L’impératif est donc de trouver ce qui cloche. Le débat public ne peut pas se focaliser uniquement sur les origines « ethnico-religieuses » de chacun.

La gauche doit affirmer sa vraie vocation : combiner le progrès social et la question environnementale. Elle doit affronter les identitaires, bille en tête, elle ne le fait ni assez, ni assez fort.

Encore faut-il qu’elle croie, sinon à la victoire en 2022, du moins à la vraie possibilité de clore le cycle des populismes et de travailler à une reconquête qui prendra le temps qu’elle prendra, mais finira par réussir.


Jean-Yves Camus – Charlie hebdo. 27/10/2021

2 réflexions sur “Social-Démocratie !

  1. jjbey 30/10/2021 / 23:42

    L’alternative Fabien Roussel, seul porteur de mesures anticapitalistes et son programme « les jours heureux » peut, d’ici les élections, faire son trou.
    L’alternative ne tourne pas autour de figures, mais d’un programme.

  2. Danielle ROLLAT 31/10/2021 / 17:36

    Pour éviter les migraines, tenter d’éteindre la télé, lors des infos, fermer les yeux en entrant dans une librairie pour ne pas voir les piles de livres du dernier best-seller politique omniprésent, destiné à amuser la galerie et à préparer le terrain pour un second mandat… j’allais écrire second règne… et pester contre ceux qui n’ont pas compris que l’union des forces de gauche est un combat nécessaire et urgent pour tous, sur un programme solide, étayé, chiffré, mais quasiment interdit d’antenne ou interrompu en permanence…
    La dispersion est et sera néfaste si elle perdure…
    Pas de vent, des actes… il est encore temps !

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