Bienvenue en principauté de… Menton !

Ici, le souverain s’appelle Jean-Claude Guibal. Enarque de 80 ans passés, il règne depuis plus de trente-deux années sur ce fleuron de la Riviera, avec, en prime, un mandat de député LR de 1997 à 2017.

Au côté de son épouse, Colette Giudicelli, sénatrice LR et vice-présidente du conseil départemental (décédée il y a tout juste un an), il administrait sans partage cette riche enclave de la Côte d’Azur. Amour, gloire et beauté, en somme.

Hélas ! cet admirable tableau a attiré l’attention du parquet de Nice, qui, à la fin de juin, a ouvert une enquête pour, entre autres, prise illégale d’intérêt et détournement de fonds publics. Des gros mots qui, selon une source judiciaire, visent précisément la gestion municipale.

Arrivée à bon port

Selon une source judiciaire, c’est la gestion municipale qui est expressément visée. Ne respectant rien, la PJ n’a pas hésité à s’inviter, le 21 juillet dernier, à la mairie et au domicile de M. le Maire, ainsi que chez sa belle-fille. Jusqu’en 2017, Céline Giudicelli exerçait les fonctions de directrice de cabinet de Guibal.

Après que la loi dite « de confiance dans la vie politique », votée cette année-là, a interdit les emplois familiaux, elle a été recasée comme directrice générale de la société publique locale (SPL) Ports de Menton, dont le principal actionnaire (à 80 %) est… la municipalité.

Céline Giudicelli n’a pas de souci à se faire.

Le 30 juin, le conseil municipal a prolongé de vingt ans la convention liant la commune à la SPL. Justification avancée : la nécessité d’effectuer d’importants « travaux de maintenance ». Tiens ? La chambre régionale des comptes, dans son rapport de novembre 2018, n’en soulignait pourtant pas la nécessité…

L’opposition (de droite) s’est lâchement emparée du sujet et, dans une lettre adressée le 9 juillet au préfet des Alpes-Maritimes, dit « [craindre] que la SPL ne soit qu’une structure à des fins politiques, permettant notamment de contourner la loi sur la moralisation de la vie politique ». Honteuse insinuation !

Heureusement, cette affaire familiale a trouvé un avocat résolu.

Répondant, le 16 août, à l’infamant courrier, le représentant de l’Etat souligne que, certes, « la directrice de la SPL est la fille de la défunte épouse du maire », mais que, si la loi « interdit expressément l’emploi par les autorités territoriales des enfants de leur conjoint en tant que collaborateur de cabinet, [ce n’est pas le cas pour les] enfants de leur ancien conjoint ». L’honneur est sauf !

Le préfet tient au respect des liens sacrés de la famille.

Son lieutenant, le sous-préfet de Menton, a épousé, le 3 juillet, une jeune femme chargée, depuis la fin d’août, de la « coordination des services de la mairie ». Ce qui ne l’empêche pas de continuer d’exercer ses fonctions de directrice générale de la société publique locale d’aménagement (SPLA) Riviera Française Aménagement.

Les élus à la noce

Contactée par « Le Canard », la jeune épouse admet exercer « deux fonctions » à temps plein, dont celle à la mairie, « à titre provisoire » (sic). Quant à son mari, il a notamment pour mission d’exercer, au nom de l’Etat, le « contrôle de légalité » de la gestion municipale. Toutefois, précise-t-il au Palmipède, il s’est « récemment déporté de tous les sujets qui pourraient conduire à un conflit d’intérêts » (ce que confirme sa hiérarchie). Pas trop chauds, les tête-à-tête amoureux ?

Le jour du mariage du sous-préfet et de la responsable municipale, c’est Guibal en personne qui officiait. Plus tard, au banquet, le maire octogénaire a gueuletonné à la table d’honneur des jeunes époux avec sa belle-fille Céline et le mari de celle-ci, directeur des services informatiques de la ville. Le sous-préfet assure au Canard que « ce n’étaient pas [s]es invités mais ceux de [s]on épouse ».

Déjà une querelle de ménage !


Didier Hassoux – Le Canard Enchainé – 13/10/2021

2 réflexions sur “Bienvenue en principauté de… Menton !

  1. jjbey 21/10/2021 / 18:48

    L’art et la manière de briller au service du peuple tout en se servant au passage.

  2. Danielle ROLLAT 21/10/2021 / 20:58

    C’est beau le dévouement d’une famille, « au service d’une collectivité »…
    Elle n’est hélas pas la seule, n’y a-t-il pas une loi pour la moralisation de la vie publique ?
    Réactions de la population locale ??

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