Christian Jacob…

Accrochons-nous aux branches…

… Ancien agriculteur, le président des Républicains (LR) voue une reconnaissance éternelle à Chirac, qui l’a fait débuter. À part ça…

Christian Jacob — Copie d’écran

Après « Le Pari du bon sens – Un paysan en politique », publié en 1999 (à l’époque où il n’était déjà plus du tout paysan) et « Le Bon Sens en politique », paru en 2011, Christian Jacob signe en cette rentrée « J’en ai tellement vu », une sorte de testament politique. Depuis toutes ces années, son message n’a pas varié : j’ai le calme des vieilles troupes, je connais le pays profond, Paris n’est pas la France, les énarques sont nuls, les polytechniciens aussi, Chirac avait raison, la fidélité, y a qu’ça de vrai, le rassemblement d’un parti autour d’un chef ne se décrète pas mais se construit.

A part ça ? Ben rien. Mais il est fort occupé, car le président des Républicains est dans la lessiveuse. La candidature de Bertrand ne décolle pas, Macron occupe chaque jour un peu plus d’espace à droite, les partisans de Pécresse le soupçonnent de rouler pour Bertrand, Zemmour qualifie LR de «parti de notables centristes », et Bayrou, qui en connaît un rayon sur les notables centristes, voit en lui un « traître » au gaullisme, qui ne condamne pas assez fermement Zemmour. Retailleau ne le trouve pas au niveau, Charon non plus, Karoutchi pense qu’il va planter la présidentielle. Tout ça ne lui fait ni chaud ni froid.

Son calendrier à lui s’est arrêté en 1988, année de sa rencontre avec Chirac. Il y a trente-trois ans. Chirac a fait de cet agriculteur syndicaliste un ministre de la Famille, puis de la Fonction publique, et l’a débarrassé de ses complexes de paysan. C’est fou ce qu’on rigolait avec lui. Un jour, Jacob se met en tête de devenir ministre de la Coopération. Il n’y connaît rien, mais il s’y voit. « C’est une bonne idée, tu as une gueule qui va plaire aux Africains », répond son mentor, qui ne le nommera jamais. Mais Jacob ne lui en a pas voulu.

Joue-la comme Jacquot

Quand il ne pense pas à Chirac, Jacob ne semble pas réfléchir à grand-chose. Quel timing pour la présidentielle ? Pas compliqué, il suffit, assure-t-il, de faire comme le grand Jacques, qui a annoncé sa candidature le 4 novembre 1994. Pour LR, donc, ce sera en décembre, après un congrès. Le programme du parti, dont s’inspirera le candidat ou la candidate, sera-t-il renouvelé ? Y trouvera-t-on un peu de flamme et d’énergie ? Il suffit de lire le livre de son président, qui a organisé, explique-t-il, pas peu fier, « 200 conventions thématiques » pour en avoir une petite idée.

Chez les chiraquiens, on a toujours su faire de la mousse. L’environnement ? Sept pages du livre sans la moindre proposition, si ce n’est une diatribe contre l’« écologie punitive ». Mais le bougre a appris à parler écolo. « Nous sommes un pays dont le mix énergétique est le plus décarboné », affirme-t-il doctement. L’affaiblissement industriel du pays ? On verra plus tard. La formation des jeunes ? On s’en bat les steaks. L’intégration des populations immigrées ? Ce sujet complexe prendra du temps. Les gilets jaunes ? Oups. A part ça, un responsable politique doit «poser un constat lucide et trouver les solutions qui mobilisent la nation ».

« Pour l’opinion, pas une seule idée forte n’est sortie de LR depuis 2017, et Olivier Faure comme Christian Jacob, qui dirigent deux grands partis de gouvernement, sont largement inconnus. Sur aucun dossier lourd, que ce soit le Covid, les gilets jaunes ou les retraites, LR n’est crédité de plus de compétence que le gouvernement », assène Jean-Daniel Lévy, directeur délégué de Harris Interactive. C’est vraiment injuste.

Cheveux courts, idées courtes

De son mentor, Jacob a hérité la capacité à énoncer le plus sérieusement du monde des énormités, histoire de meu­bler, dugenre « La sincérité est une clé fondamentale de la vie politique » ou « l’authenticité parle ». Il a aimé plus que tout son mandat de maire de Provins, ah, les « gens », le marché du samedi, le petit poissonnier de la rue Jean-Jaurès, je leur dois tant. Mais il les a quittés sans hésiter quand a été votée la loi sur le non-cumul des mandats.

Les Républicains, sonnés par deux baffes dè suite à la présidentielle, ont voté pour celui qui voulait bien le job. Bertrand et Pécresse étaient partis, Wauquiez s’était carbonisé, va pour Jacob, qui n’a jamais eu d’ambition présidentielle. Il a accepté la présidence du mouvement pour lancer la campagne de son ami Baroin, chouchou de Chirac, qui n’ira pas. Il l’admet, il s’est fait élire pour ça. Le voici fort dépourvu : il n’a pas de stratégie claire (il accepte des alliances régionales avec Debout la France, le parti de Dupont-Aignan, mais pas avec le RN), pas de candidat, aucun discours pour contrer Zemmour.

« On est à poil », rigole un sénateur LR.

Le jour où Chirac l’a nommé ministre de la Famille, Jacob lui a lancé : « Mis à part le fait d’être père de famille, je n’ai aucune compétence. » Tranquille, Chirac a répondu : « Si j avais déjà demandé à mes ministres d’être compétents, ça se saurait. » La compétence, c’est secondaire, c’est le grand Jacques qui l’a dit.


Anne-Sophie Mercier – Le Canard enchainé – 06/10/2021