L’État paiera, sic : X. Bertrand

Quand on lit les propositions de Xavier Bertrand, il y a une bonne nouvelle et une mauvaise.

Quand on lit les propositions de Xavier Bertrand, il y a une bonne nouvelle, et une mauvaise.

  • La bonne : même la droite s’est rendu compte que les salaires sont trop bas.
  • La mauvaise : pour lui, la solution, c’est de faire raquer l’État et la Sécu, encore et toujours.

Qu’est-ce que la « société du travail » pondue la semaine dernière par l’ancien ministre du Travail de François Fillon et Nicolas Sarkozy (mai 2007 – janvier 2009) ? Une société où l’État paie une part de plus en plus importante des salaires, à la place des entreprises, avec notamment une importante « prime au travail », qui est la même chose que l’actuelle « prime pour l’emploi », mais sous un autre nom, et au montant renforcé, puisqu’elle représenterait 1 800 euros par an pour une salariée payée 1 600 euros net par mois, soit plus qu’un treizième mois de salaire.

Un dispositif entièrement automatique donc absolument garanti. Le candidat a retenu les leçons, à la fois sur la difficulté de certaines personnes de percevoir des aides sociales, et d’autre part sur les potentiels effets négatifs de la prise en compte des revenus du couple dans le versement des aides – comme dans le cas de l’allocation adulte handicapée (AAH), dont des associations demandent la « déconjugalisation ».

Et, enfin, la prime sera également versée aux indépendants. Bref, le candidat Bertrand a bien fait ses devoirs, et il évite le piège des aides ciblées, conditionnelles, catégorielles, qui se révèlent à chaque fois inefficaces, et source de nombreux maux de tête chez les potentiels bénéficiaires.

Mais qui paiera ? Ben le brave État, bien sûr.

Comme le dit Xavier, « l’État remboursera au mois le mois, à l’euro près, la prime au travail versée aux salariés ».

Coût ? Selon lui, 5 milliards d’euros par an mais, comme d’habitude en France, aucune étude précise ne vient supporter ses dires.

Et quand on sait que le camarade Bertrand veut, évidemment, baisser les impôts, on se dit que le déficit public n’est pas près de disparaître…

Autre proposition majeure :

Le retour du « travailler plus pour gagner plus » de son pote délinquant Nicolas S. Tout comme l’ancien Président de la République, Xav’ souhaite que les heures travaillées au-delà de 35 heures soient sans impôts et sans charges sociales, « un principe gagnant-gagnant », […]

Gagnant pour le salarié lorsque tout va bien, et gagnant pour l’entreprise, oui. Mais perdant pour la Sécurité sociale et l’État – et donc pour le citoyen lorsqu’il est malade, enceinte, accidenté du travail, ou trop vieux.

[…]

Conclusion : les mesures de Bertrand seront bénéfiques aux bas salaires ; elles pénaliseront l’emploi, et alimenteront le chômage, qui frappe surtout les catégories populaires, les moins diplômés, les personnes d’origine étrangère. Et tout cela sur le dos des finances publiques. Il semble que la droite, qui se fait la défenderesse de nos enfants « qui naissent endettés » quand la gauche est au pouvoir, oublie vite ses grands principes quand il s’agit de faire passer des mesures populaires, et de détruire à petit feu les fondements de la solidarité nationale que sont les finances de l’État et celles de la Sécurité sociale. Mais je suis sûr que ce n’est pas fait exprès.


Jacques Littauer – Charlie Hebdo Web – Titre original : « Xavier Bertrand : l’État paiera ».

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