Promesses électoralistes sur la drogue

Que faire des accros au crack ?

En évacuant, le 24 septembre, les toxicos des jardins d’Eole (Nord-Est parisien), la Préfecture de police de Paris, mandatée par le ministère de l’Intérieur, a, une nouvelle fois, déplacé le problème sans le résoudre. Le sort de ces consommateurs (ils seraient 500 à Paris) divise les riverains, impatients de se débarrasser des « cailloux » sur le chemin de l’école de leurs enfants, mais également hostiles aux salles de consommation en bas de chez eux.

Darmanin muet

Le devenir des « crackeux » oppose tous ceux qui en ont la charge : la Mairie, la Santé, la Justice, l’Intérieur et la Préfecture de police. Et donne lieu à un véritable concours Lépine de « solutions », qui vont du répressif au démagogique. Avant l’évacuation, au printemps, la Préfecture s’était illustrée en rédigeant une note destinée à Matignon, qui proposait de rafler les toxicos pour les interner de force dans l’infirmerie psychiatrique de la Pref. Le Premier ministre Jean Castex n’a pas tranché.

En attendant, les consommateurs ont été envoyés aux alentours de la place Auguste-Baron (XIXe). Afin d’éviter qu’ils n’investissent Pantin (Seine-Saint-Denis), la Préfecture a muré le tunnel passant sous le périph tout proche. Ce cul-de-sac « temporaire », annoncent les services du préfet Lallement, permettra des interpellations quotidiennes dans le cadre de la lutte contre le trafic de drogue. Une souricière, en quelque sorte…

Les députés Caroline Janvier (LR-EM) et Stéphane Viry (LR) ont épluché, ces deux derniers mois, les « solutions » proposées. Chargés d’une mission flash sur les salles de consommation à moindre risque, ils ont toqué à la porte des tutelles concernées. A la Préfecture de police comme au ministère de l’Intérieur, « on [les] a éconduits », râlent-ils poliment. Il faut dire qu’en juin encore, au grand dam de la maire Martine Aubry, Gérald Darmanin refusait l’installation d’une salle de conso à Lille.

Côté Santé, Olivier Véran a accepté de recevoir les députés, approuvant le constat du rapport : les deux salles ouvertes depuis 2016, à Paris et à Strasbourg, sont « utiles et efficaces ». Le 23 septembre, il a par ailleurs annoncé le maintien jusqu’à 2025 de ces structures expérimentales, qui vont devenir des « haltes soin addiction » (« salles de shoot » faisait mauvais genre).

Diplomate, Véran se dit même prêt à ouvrir une salle place Baron pour que la consommation soit encadrée et non pas réduite, aucun substitut n’existant pour le crack.

Castex se mouille

Et la Mairie de Paris ? Pendant la campagne, Anne Hidalgo entend faire de la capitale sa vitrine et, donc, mettre fin au bal des drogués à ciel ouvert. Un proche qualifie l’inaction du gouvernement de « manoeuvre électorale. L’exécutif fait croire que le crack est le problème de la Ville » ! Non ?

A la fin d’août, la maire avait écrit à Jean Castex pour proposer quatre sites susceptibles d’accueillir des « salles de repos ». Pendant deux semaines, Matignon a joué la montre, laissant la candidate patauger. D’autant qu’elle avait habilement proposé d’installer un lieu de consommation… entre deux écoles du XXe arrondissement. « On ne va pas faire de cadeau à Hidalgo alors qu’elle entre en campagne », se gaussait alors un conseiller élyséen. Castex a finalement approuvé les « lieux dédiés à l’accueil et au repos » des 500 accros au crack parisiens, renvoyant les différentes tutelles à leurs responsabilités.

La dernière d’entre elles, la Justice (jusque-là silencieuse) pourrait prendre sa part en prononçant des injonctions thérapeutiques pour les junkies arrêtés avec leurs cailloux. Mais la mesure exigerait une grande quantité de psychiatres qu’elle n’a pas vraiment les moyens de rémunérer (malgré la revalorisation (20 à 80 euros de plus par expertise) fièrement annoncée par Eric Dupond-Moretti à la mi-septembre). Pour l’heure, les tribunaux se limitent au répressif. Depuis deux ans et demi, 200 dealeurs ont été déférés et condamnés à des peines allant jusqu’à cinq ans de prison ferme.

Leurs acheteurs restent de bons clients pour les accros de la politique.


Fanny Ruz-Guindos – Le Canard Enchainé – titre original : « Trafic de promesses politiques autour du crack » 29/09/2021