Distribution pré élection présidentielle, mais…

Les chômeurs au piquet!

  • Un milliard et demi d’euros pour Marseille ;
  • 500 millions pour les flics ;
  • 2 milliards en plus pour MaPrimeRénov’ (quelle expression grotesque) ;
  • de la thune pour les travailleurs indépendants,
  • les agriculteurs,
  • les sages-femmes (1)…

Ces dernières semaines, Macron a sorti le chéquier pour arroser un maximum de monde, au nom de la baisse de la dépense publique et de la compétitivité, et pas du clientélisme, bien sûr.

Mais il y a un domaine où Manu préfère le bâton à la carotte : ce sont les plus vulnérables, celles et ceux qui, de toute façon, ne votent pas, ou pas pour lui.

À commencer par les chômeurs, dont les allocations vont être réduites à partir du 1er octobre prochain.

La cause de cette folie ? Une construction intellectuelle fantaisiste, due à l’un des plus nuisibles économistes français, Pierre Cahuc, cumulard archipayé (avec vos impôts), aujourd’hui prof à Polytechnique, et qui a pondu ce truc : les « permittents ».

Qu’a constaté Pierre ?

Que les contrats de travail de très courte durée, de quelques semaines, voire de quelques jours, avaient explosé ces dernières années. Or, depuis le début des années 1980, il est possible aux chômeurs de cumuler allocations chômage et revenus du travail, lorsque ceux-ci sont très faibles.

Une mesure intelligente, pour ne pas décourager la recherche si difficile, si coûteuse, d’un emploi. Conclusion de Cahuc : c’est la vilaine assurance-chômage qui a créé ce monstre qui n’existe que dans sa tête, les permittents. Car ce ne saurait être la faute des patrons, gentils par hypothèse (je suis sérieux) dans les absurdes modèles mathématiques que Cahuc assène à notre « élite ».

Heureusement, il existe Mathieu Grégoire, maître de conférences en sociologie à Nanterre, et donc excellent économiste (2). Comme il l’explique, les dates ne coïncident pas : c’est au moment où la possibilité de cumuler allocations et salaires était la plus réduite que les contrats de travail de moins d’un mois ont le plus augmenté. Et ces derniers sont moins nombreux depuis 2015, alors que les règles de l’Unedic n’ont pas changé. Mauvaises dates, Pierre !

En fait, si les contrats courts sont devenus hyper nombreux, c’est d’abord parce que la baisse des cotisations sociales sur les bas salaires a permis de faire sortir du travail dissimulé les employés de secteurs comme les hôtels et restaus, qui les multiplient. Mauvaise explication, Pierre ! Et ce n’est pas parce qu’il y a davantage de contrats signés qu’il y a plus de personnes précaires (comme dans le cas de quelqu’un qui passe d’un contrat de douze jours à trois contrats de quatre jours). Mauvais indicateur, Pierre!

Bref, Cahuc, obsédé – comme Macron – par notre système social, en oublie de regarder le fonctionnement de l’économie, et les choix des gens qui décident pour les autres, c’est-à-dire les employeurs. Mais c’est sûr que c’est plus vendeur d’alimenter des balivernes sur « les chômeurs qui gagnent plus en allocations qu’en travaillant » (3).

Heureusement qu’il reste encore un petit bout d’université publique pour héberger et (très mal) payer des gens comme Mathieu Grégoire, qui sauvent l’honneur de la profession des économistes (je t’adopte avec plaisir, mon pote) et remettent un peu de décence dans le débat public.


Jacques Littauer – Charlie Hebdo – 29/09/2021


  1. « En vue de 2022, Macron multiplie les cadeaux de fin de mandat » (HuffPost, 18 septembre 2021).
  2. « Aucune étude n’a jamais établi de lien de causalité entre assurance-chômage et explosion des contrats courts », de Mathieu Grégoire (Le Monde, 25 mai 2021).
  3. « Allocations chômage : « Le chômeur optimisateur décrit par le gouvernement n’existe pas »», de la sociologue Claire Vivès (Mediapart, 18 juin 2021).