Gabriel Attal

Dites, les gars, où sont les caméras ?
Ah, tout va bien, les voilà


Les objectifs des photographes, il adore ça, Gabriel Attal.

Gabriel Attal et son mari Stéphane Séjourné

Sur les clichés, il est toujours souriant, un dossier sous le bras, grandes enjambées dans la cour de l’Élysée, bien coiffé, jamais chiffon.

Au Sénat, quand sa voiture le dépose pour la séance de questions au gouvernement, il surgit comme un diable de sa boîte et monte les escaliers quatre à quatre. Quand il revient d’un long déplacement, il a l’air frais. Un peu las ? Il dit qu’il est vaguement « jetlagué ».

Il a tout misé sur les médias et connaît une bonne partie des journalistes de Paris. Ils aiment les petites phrases ? Va pour les petites phrases.

Entre des ministres essorés, un Guérini qui peine à exister à la tête d’un parti évanescent et un Castaner qui s’ennuie sec à la présidence du groupe à l’Assemblée, Attal est le cogneur dont Macron avait besoin.

  • Benalla ? « Une affaire d’été, pas une affaire d’État. »
  • Pécresse ? « Je l’ai entendue dire qu’elle était deux tiers Merkel et un tiers Thatcher, je pense qu’elle est surtout deux tiers sans programme et un tiers sans idées. »

C’était drôle, ça a plu dans les rédactions et à l’Élysée.

Attal a un vrai talent de sniper, mais il faut reconnaître que ses comptes rendus de Conseil des ministres sont aussi fadasses que ceux de ses prédécesseurs. Mais, peu importe, l’affaire est entendue, Attal est « brillant » et, surtout, pas maladroit.

La campagne de Colombie

Il a toujours su se mettre en valeur, legs d’une scolarité à l’Ecole alsacienne, qui forge des gosses peu perméables au doute. Allez, prends la parole et monte sur scène, tu seras un chef, mon fils. Son père, un flamboyant avocat et producteur de cinéma proche de Francis Bouygues, amateur de grands crus, l’encourage. A Sciences-Po, tout le monde le connaissait. « On était un peu impressionnés parce qu’il avait déjà, à cette époque, un pied dans la politique. Il avait fait un stage chez Marisol Touraine, il avait quelques relais au PS et un petit carnet d’adresses », se souvient un camarade de promo. La fille de Touraine était, elle aussi, à l’Alsacienne.

Il aime parler de sa jeunesse « engagée ». Il a, effectivement, milité dans le collectif pour la libération de la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, emprisonnée par les Farc. « Ce n’était qu’une petite main parmi d’autres, mais il a réussi à se retrouver sur la photo aux côtés d’Ingrid quand elle est arrivée », s’amuse Sergio Coronado, ancien député EE-LV et biographe de Betancourt. Les photographes, déjà…

Le jeune Attal intègre le cabinet de Touraine au ministère de la Santé en 2012, à 23 ans, s’y occupe de com’ et de supervision des discours, aux côtés de Benjamin Griveaux.

Le PS est en bout de course, le jeune homme pressé se rapproche des macroniens fin 2016.

« J’ai eu la surprise de le voir investi par LR-EM comme candidat aux législatives dans les Hauts-de-Seine, en 2017. Pendant la campagne, il n’avait pas brillé par sa force de proposition. Il venait de chez Touraine mais n’a pas produit une seule note pour le programme sur la santé ; c’est Jérôme Salomon qui faisait tout. En revanche, son grand copain Cédric O était membre de la commission d’investiture… » ironise un député LR-EM.

A peine élu, il se lance à l’assaut du groupe parlementaire. Il accepte de s’effacer devant Gilles Le Gendre et obtient en compensation un secrétariat d’Etat auprès de Jean-Michel Blanquer. On lui trouve un sujet : tiens, Gabriel, occupe-toi du service national universel, toi qui es jeune. Il s’est beaucoup amusé à montrer les uniformes et les casquettes, mais le résultat est très en deçà des prévisions.

En méforme pour les réformes

« Edouard Philippe n’était pas fan du projet, c’est certain, mais Gabriel ne s’est pas battu pour gagner ses arbitrages budgétaires : il préférait faire le malin sur les chaînes d’info », se souvient un ancien de Matignon. Les relations se tendent avec Blanquer, qui n’apprécie guêre ce secrétaire d’Etat obsédé par la lumière, qui n’hésite pas à poser torse nu sur les réseaux sociaux.

En 2019, Attal se voit bien tête de liste aux Européennes. Finalement, l’Élysée impose Nathalie Loiseau, mauvaise pioche. Très populaire auprès des cadres de LR-EM, qui apprécient sa combativité, Attal est peu connu de la base. « C’est un bon pédagogue de l’action publique, un décodeur Canal Plus pour les moins de 40 ans », estime un haut fonctionnaire qui l’a beaucoup croisé.

Peut-il sauver sa peau en 2022 ?

Sa circonscription des Hauts-de-Seine, où il ne se montre guère, a voté à 64 % pour Pécresse aux régionales. « Il n’a mené à bien aucune grande réforme », grince un conseiller ministériel. Parallèlement, le porte-parolat s’y prête peu.

Mais il a un réseau d’amis députés, qu’il réunit dans son ministère ou dans sa maison de l’Ile-aux-Moines. Il croit bon de préciser qu’il ne s’agit pas d’un fan-club.

Pas encore, évidemment.


Anne-Sophie Mercier – Le Canard Enchainé – 29/09/2021