L’entre-soi

Les dérives de l’aide française au développement

En Afrique, l’Agence française de développement (AFD), symbole de la solidarité de la France envers le monde, finance à coups de milliards d’euros des projets dont les premiers bénéficiaires sont les entreprises françaises, et s’abrite derrière le secret bancaire pour ne pas dévoiler ses pratiques.

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Symbole de la solidarité de la France envers le reste du monde, l’AFD, créée il y a quatre-vingts ans par le général de Gaulle, a d’abord été la banque de la Résistance.

Aujourd’hui, grâce à un capital de 953 millions d’euros fourni par l’État français, l’établissement public emprunte des milliards sur les marchés financiers à taux bas, puis les prête à des institutions privées ou publiques dans les pays en développement.

Sur les 12 milliards d’euros engagés en 2020, 87 % étaient des prêts. Le reste des fonds est utilisé sous forme de dons, majoritairement alloués à des projets sur le continent africain.

Part d’ombre et secret bancaire

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Des milliers de projets que l’AFD soutient fonctionnent et remplissent leur but : contribuer à lutter contre les inégalités mondiales. Mais l’agence a aussi sa part sombre. […] L’enquête de Disclose et Mediapart dévoile une face méconnue de la politique de développement vantée par la France.

Nous avons passé au crible le registre des marchés publics de l’Union européenne. Il nous a permis d’analyser 209 appels d’offres que l’AFD a passé entre 2015 et 2019, pour un total de 249 millions d’euros. […]

[…] … l’analyse montre que dans la grande majorité des cas, les sociétés choisies dans les appels d’offres de l’AFD sont domiciliées en France – 320 lots de marchés publics sur 495 analysés. Interrogé par Disclose et Mediapart, le numéro 2 de l’AFD, Bertrand Walckenaer, se défend de tout favoritisme vis-à-vis des entreprises tricolores : cette surreprésentation s’expliquerait notamment par le « niveau d’exigence » demandé par l’AFD en matière de « normes responsabilité sociale et environnementale ».

Notre analyse démontre également que les dix sociétés à avoir remporté le plus d’appels d’offres (pour ceux qui mentionnent l’identité de l’entreprise bénéficiaire) sont toutes françaises. On y retrouve une filiale de Suez Environnement, une autre de la multinationale du gaz Engie, ou encore une société de sécurité privée proche des services secrets français, Amarante International. Cette dernière fournit « des prestations visant à assurer la sécurité de[s] agents [de l’AFD] en France et dans ses pays d’intervention », fait savoir l’agence.

Quant aux marchés passés avec ses emprunteurs, pays et collectivités locales, l’agence refuse de les rendre publics. Motif invoqué ? Le secret bancaire.

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Défaut de transparence

L’opacité qui entoure l’utilisation des fonds de l’AFD est connue. Elle a d’ailleurs fait l’objet d’une alerte de la Cour des comptes dans un rapport publié en février 2020. […]

Ce manque de transparence, conforté par l’argument du secret bancaire, a permis de financer des projets en totale contradiction avec les objectifs affichés de l’AFD et Proparco, sa filiale dédiée à l’appui du secteur privé.

C’est le cas de 87 projets soutenus depuis 2010.

  • Usine d’engrais azoté au Nigéria,
  • Production intensive de fleurs au Kenya,
  • Financement d’exploitations d’huile de palme…

Tous sont liés à l’agriculture intensive, selon notre analyse comparée des bases de données publiques de l’agence française et de sa filiale avec celle établie dans le cadre d’un rapport conjoint d’Oxfam, CCFD-Terre solidaire et Action contre la faim sur les financements français à l’agro-industrie.

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Justine Brabant (Médiapart) et Anthony Fouchard (Disclose) – Diffusé par Médiapart.

Source (Extraits)


Un avis comme un autre … Comment d’un côté peut-on interdire l’utilisation d’huile de palme dans les préparations culinaires et d’un autre côté favoriser sa production ??? MC