« Le train » de PACA

Le monopole de la Société nationale des chemins de fer français, c’est fini !

C’est bien sûr le cas depuis longtemps pour le transport de marchandises, le fret étant plongé dans les eaux glacées du calcul égoïste depuis 2006, « grâce » à l’Union européenne. C’est aussi grâce à la construction-européenne-porteuse-de-paix-et-d’amitié-entre-les-peuples que la ligne de TER entre Marseille et Nice sera désormais gérée par l’opérateur privé Transdev.

La chose n’est pas officielle, il faut attendre le vote du conseil régional de droite, le 29 octobre. Mais son issue ne fait aucun doute, le droitard Renaud Muse-lier ne cachant pas, depuis des années, sa haine à l’encontre de l’opérateur public.

Cette histoire est assez fabuleuse. Transdev est une société privée, détenue majoritairement par… un organisme public, la Caisse des dépôts et consignations. Bref, comme si souvent, c’est l’État qui travaille activement à détruire le service public, un grand bravo à lui. Car Transdev est un monstre : il opère dans 17 pays, transporte. 11 millions de braves gens chaque jour et empoche 7,5 milliards d’euros en achats de billets chaque année (1).

Sa méthode ?

Comme toujours avec la libéralisation-privatisation. D’abord, ne se porter candidat que sur les lignes les plus rentables, les plus fréquentées, ou en très bon état.

D’autre part, profiter des rigidités, bien réelles, de la SNCF – justifiées un peu trop rapidement au nom de la « sécurité » – pour imposer une forte polyvalence à ses salariés, reversés depuis la SNCF. Ainsi, par exemple, les chauffeurs doivent-ils participer au nettoyage des wagons.

Et zou! la baisse des coûts, et rezou! les profits dans la popoche.

Pour Renaud Muselier, le calcul politique est facile, et sans doute très bien vu : imposer un cahier des charges contraignant au nouvel opérateur, en contrepartie de généreux financements publics, en faisant croire aux couillons du coin que si leurs trains sont plus fréquents et mieux entretenus, c’est grâce à Transdev, et vive notre grand président Renaud Muselier Ter!

Le P-D-G de Transdev, Thierry Mallet, l’a dit : il s’agira de «[montrer] aux autres régions que c’est possible ».

La compagnie promet donc 14 allers-retours quotidiens, au lieu de sept actuellement ; la construction d’un nouveau centre de maintenance ; du WiFi jusque dans les chiottes ; et un bain moussant avec massage de la nuque pour tout passager prenant le train de 7 h 12 (en option).

Même si cela n’a, bien sûr, rien à voir, on rappellera qu’en 2012 Renaud Muselier, alors retiré de la vie politique – hi, hi ! et ayant repris son juteux business de directeur de clinique, avait demandé la nationalité mauricienne, afin d’étendre son activité là-bas, et pas du tout parce que ce pays est un paradis fiscale (2).

C’est donc sûrement à cause d’un énorme malentendu que les conducteurs de bus de plusieurs lignes de banlieue parisienne gérées par Transdev ont lancé une grève dure, depuis plusieurs jours, en raison de journées de travail démentes, commencées très tôt et terminées très tard, et de salaires en baisse par rapport à ce qu’ils avaient quand ils étaient salariés de leurs anciens employeurs publics (3).


Jacques Littauer – Charlie Hebdo  – 22/09/2021


  1. « La perte de la ligne de TER Nice-Marseille, une brèche de plus dans le monopole historique de la SNCF » (Le Monde, 8 septembre 2021).
  2. « Renaud Muselier : « J’ai demandé la nationalité mauricienne » » (marsactufr, 20 novembre 2012).

« Melun-Sénart-Fontainebleau : les chauffeurs de bus en grève manifestent sous les fenêtres d’Île de France Mobilités et de Transdev » (Le Parisien, 14 septembre 2021).