Nous prevenons : c’est radical !

La « RADICALITÉ », chez les écolos, n’est pas la culture bio du radis : c’est désormais le maître mot.

Surtout depuis que le premier tour de la primaire d’EELV a radicalement dégagé trois des cinq candidats.

Arrivé loin derrière et bon dernier, Jean-Marc Governatori, le moins radical, qui se targuait seulement d’avoir « écrit 14 livres », aura désormais tout le loisir de s’atteler à un quinzième. Mais deux autres postulants à la candidature Verte à la radicalité plus affichée ont aussi été dégagés.

Delphine Batho, la décroissante, arrive en troisième position devant Eric Piolle, qui, lui, a trébuché pour s’être fait piquer sa radicalité. Si le maire de Grenoble se retrouve le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau, la plus radicale du lot.

L’« écoféministe », arrivée en deuxième position, a piétiné les platebandes de Piolle en s’arrogeant d’emblée cette radicalité qu’il entendait incarner, l’obligeant à se rabattre sur son « arc humaniste », censé rapprocher la gauche mais avec lequel il a raté sa cible. Arrivée deuxième et talonnant le gagnant, Yannick Jadot, Sandrine Rousseau continue de se gargariser de cette radicalité revendiquée.

Et d’en faire son arme principale contre son concurrent du second tour, qu’elle a déjà, avant un débat avec lui ce mercredi, tenté d’enfermer dans l’« écologie des petits pas et de l’accompagnement » face à la sienne, « de gauche, radicale et sociale ». Elle a fait donner aussi la conseillère écolo-féministe radicale de Paris Alice Coffin, qui la soutient et a déclaré, quant à elle, que, « choisir Yannick Jadot, c’est refaire un Macron ». Ce qui oblige Jadot à contester « cette conception qui est donnée de la radicalité ». Et à faire rappeler par ses amis son activisme et ses faits d’armes radicaux à Greenpeace puis au Parlement européen, en répétant que Rousseau était « une femme d’appareil » au bureau.

Les échanges polis, eux aussi, deviennent plus radicaux.

Eva Joly, ancienne candidate des Verts qui soutenait Piolle avant de se rabattre sur Jadot, lui conseille de durcir le ton : « Il faut qu’il s’adapte à ce que veulent les écologistes, c’est-à-dire qu’il radicalise un peu ses positions. » On ne sait si le « radical pragmatique» suivra le conseil. Mais, pour ce qui est des votants à cette primaire, difficile de savoir qui ils sont.

Piolle, qui ne veut pas jouer les mauvais perdants de cette primaire, trouve que « l’écologie en sort grandie ». Il n’a pas tort, au moins arithmétiquement, puisque le nombre de votants d’EELV (plus de 100 000) va bien au-delà de celui des adhérents (environ 10 000). Qui sont ces 90 000 votants qui, à la fois, ont permis d’éviter, comme c’était jusqu’ici l’usage dans le parti, de dézinguer le favori et l’ont fait talonner de près par la candidate de la radicalité ?

Entrisme de partisans de Mélenchon qui apprécient le « rupturisme » (sic) de Rousseau, accusée par ses détracteurs d’être un sous-marin (c’est de saison) des Insoumis ? ou de socialistes tendance Hidalgo qui voient d’un mauvais oeil pour leur candidate une victoire de Jadot ? Toutes ces supputations ont été évoquées.

En attendant le résultat du second tour, des plus incertains, mardi prochain, et les arguments, ce mercredi, des deux candidats Verts potentiels, un sondage (1), même pris avec les précautions d’usage, vient relativiser leurs chances à la présidentielle :

  • 6 % des intentions de vote si c’est Jadot
  • 2 % des intentions de vote si c’est Rousseau.

Des chiffres susceptibles de calmer les deux camps, radicalement !


Edito du 22 sept 2021 – Le Canard Enchainé – Erik Emptaz


(1) Harris Interactive pour « Challenges » (22/9).