Quelques éléments de réflexion…

À quelques mois de l’élection présidentielle, la gauche est en grande difficulté.

L’échange qui s’est tenu entre la philosophe Stéphanie Roza, Edwy Plenel, président de Mediapart, Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac, et Jean-Numa Ducange, professeur d’histoire contemporaine, le 12 septembre, au Bourget, a permis de faire un état des lieux contradictoire.

  • En cette rentrée, la gauche paraît très affaiblie. Quelles en sont les raisons ? Quelles sont les questions nouvelles ?

Stéphanie Roza Dans mon ouvrage la Gauche contre les Lumières ?, j’ai pointé plusieurs problèmes sur le terrain des idées à partir des années 1960-1970. Les effets se sont depuis transformés en causes d’une crise à gauche. La confusion idéologique nous paralyse aujourd’hui, nous divise et nous empêche de mener des combats comme ils le devraient.

J’ai vu dans le rejet de l’héritage des Lumières la source de ces difficultés suivant trois problèmes.

  1. C’est d’abord le rejet du rationalisme, de la confiance dans la science, dans la pensée rationnelle.
  2. Le deuxième aspect, c’est la critique du progrès, du progressisme et des technologies. Face à la crise climatique, aux incertitudes sur l’avenir de l’humanité dans son environnement naturel, il y a une confusion entre la critique du capitalisme et le rejet du progrès.
  3. Le troisième aspect, c’est la critique de l’universalisme.

Dans une partie de la gauche, une critique radicale des formes d’antiracisme et de féminisme dénoncés comme étant « blancs ». C’est une critique de l’universalisme, c’est-à-dire de l’idée que, au fond, le féminisme et l’antiracisme seraient basés sur des principes universels, identiques pour tous les êtres humains. On a vu fleurir ces dernières années des discours différentialistes à gauche, relativistes et sous de nouvelles catégories : afro-féminisme, féminisme musulman, néo-antiracisme, etc.

Ces formes qui se prétendent plus radicales et affirment apporter un surcroît d’émancipation par rapport au féminisme et à l’antiracisme sont en fait des reculs et des régressions. Elles reviennent à une vieille critique conservatrice anti-Lumières. Pour les penseurs contre-révolutionnaires du XVIIIe siècle, l’homme est une abstraction. Pour eux, ce qui existe, ce sont des peuples avec des traditions, des cultures, des coutumes différentes, etc. Il faut alors des droits, des prérogatives différentes pour chaque peuple. Il ne peut pas y avoir de droits universels. La gauche dans toutes ses composantes socialiste, anarchiste et communiste, dès sa naissance, c’est-à-dire au moment de la Révolution française, s’est, elle, développée comme un approfondissement et une critique constructive des Lumières.

Selon moi, il faut aujourd’hui faire un pas de plus, généraliser l’héritage des Lumières et non pas revenir en deçà. Les critiques sur les limites bourgeoises des Lumières et de la Révolution française ne doivent pas nous conduire à revenir sur les principes eux-mêmes parce que sinon, non seulement on renoue avec la critique conservatrice, mais on ne peut que briser l’élan émancipateur et tomber dans des querelles internes infinies.

Edwy Plenel Un hasard assez sinistre fait que, en ce moment même, le site Internet lancé pour la campagne du raciste et néofasciste Éric Zemmour s’appelle Croisée des chemins. Cela pour dire que nous sommes dans un temps où les vents sont formidablement contraires.

D’abord, qu’est-ce que la gauche ?

Nous le savons tous, y compris dans les querelles qui la traversent, la gauche, ce n’est pas un certificat de baptême. La gauche, cela se vérifie en actes. Je définirais la gauche comme un refus, comme une négation. La gauche, c’est le refus de ce qui est : les injustices, les inégalités, les mensonges, les impostures… Et cette vérification, nous avons pu à chaque fois la voir à l’épreuve des faits, au sein même des gauches qui se réclament d’héritages communs, même si, en remontant au plus loin, ce n’était pas encore le mot « gauche ».

La gauche sous la Révolution française, c’est Robespierre qui a le souci des « bras nus », des plus oubliés et qui pense même qu’ils ont besoin de spiritualité au point de faire la « fête de l’Être suprême ». La gauche, c’est celle qui a eu le souci de l’abolition de l’esclavage et qui a été solidaire de la grande révolution haïtienne. Le premier parti de gauche, il ne s’appelle pas socialiste, il ne s’appelle pas communiste, il s’appelle parti ouvrier. On dirait aujourd’hui : c’est un parti communautariste de classe, séparatiste de classe. La gauche, c’est celle qui au moment où s’ébranlent des peuples en Algérie, au Vietnam aura été solidaire de ces combats. Voilà la gauche.

Ce ne sont pas des théories abstraites. Cela se vérifie dans le lien concret à la société. Le moteur de tout cela, c’est l’égalité naturelle. Notre adversaire, qui a le vent en poupe et dont l’extrême droite aura toujours été le laboratoire, se base sur les inégalités naturelles. Pour lui, il y a des civilisations supérieures à d’autres. L’Europe a créé les Lumières et elle serait donc supérieure aux autres. Il y aurait des cultures supérieures. Non, nous, nous sommes le camp de l’égalité radicale ! Sans distinction d’origine, de condition, de naissance, de croyance, d’apparence, de sexe, de genre… Voilà le moteur, immense, infini, de l’émancipation et il s’affrontera toujours à de nouvelles frontières.

Nous devons traiter la question coloniale non pas comme une question du passé mais comme une question du présent qui traverse notre peuple. Dans l’histoire personnelle, familiale, concrète, c’est notre réalité. Nous sommes la dernière puissance coloniale directe du monde. Et il faut donc l’affronter comme aux États-Unis, alors que l’on moque de manière xénophobe des théories anglo-saxonnes. C’est quoi la « so called » intersectionnalité ? Eh bien, cette démarche est née des luttes contre la ségrégation. Il ne suffisait pas d’abolir l’esclavage pour que la question ne persiste pas. Demandez à Angela Davis, elle vous l’expliquera.

  • Concernant l’intersectionnalité justement, il existe de fortes divergences à gauche. Est-ce l’un des nœuds gordiens actuels ?

Stéphanie Roza Il faut bien sûr fédérer les luttes et donc faire attention à toutes les spécificités. Les différentes oppressions peuvent s’empiler. Un parti politique ou une organisation en lutte pour l’émancipation doit avoir à cœur de prendre en charge ces multiples formes d’oppression. Ce n’est pas nouveau et ne date pas des années 1990. Babeuf, père fondateur du communisme moderne, se pose déjà la question de l’oppression des femmes et des Noirs. Pour une part, l’intersectionnalité, c’est reprendre des choses qui existent au sein des mouvements émancipateurs depuis très longtemps. Pourtant, en étudiant le texte fondateur de ce concept produit en 1989 par la juriste américaine Kimberlé Crenshaw, on se rend compte que l’objectif n’est pas de lutter contre toutes les oppressions à la fois mais de privilégier un aspect sur les autres en avançant une « politique de l’identité ». Elle déclare même que « la classe est consécutive de la race et du genre ». La race et le genre sont structurants, la classe n’est qu’une conséquence.

Dans cette optique, il n’y a pas lieu de lutter contre les inégalités sociales en priorité. C’est la lutte contre les inégalités de race et de genre qui passe au premier plan. Les mouvements d’émancipation doivent bien sûr prendre en compte pleinement la dimension antiraciste et féministe dans leur combat et il n’y a pas de différence de légitimité. Mais encore faut-il combattre ensemble ! Regardons les choses en face : les ouvriers ont déserté les formations de gauche. Comment s’adresser alors aux classes populaires et les faire réadhérer à un projet émancipateur ? La question de classe et des inégalités sociales doit être remise au centre. La raison est simple : c’est la plus fédérative.

Edwy Plenel Des oppressions sont en effet liées à la classe, avec l’oppression sociale au cœur, mais elles peuvent se mêler à des oppressions liées à la race, à la façon dont on vous désigne par rapport à votre origine, ou à l’oppression liée au sexe. Aimé Césaire, l’homme du discours sur le colonialisme, un grand poète qui fut membre du PCF, penseur de la négritude, serait qualifié aujourd’hui de « séparatiste » et de « communautariste » ! Il était du côté du partage. Dans sa lettre à Maurice Thorez, il concluait : « L’heure de nous-mêmes a sonné. » C’est cette « heure de nous-mêmes » que nous devons construire. C’est comme cela que nous créerons le rapport de forces de futures victoires.

  • Aurélie Trouvé, vous avancez la nécessité de travailler l’articulation entre forces politiques et mouvements sociaux. Est-ce une réponse d’avenir pour la gauche ?

Aurélie Trouvé Ce n’est pas seulement la gauche qui est à la croisée des chemins, c’est la société tout entière. Deux voies sont diamétralement opposées.

  1. D’un côté, un bloc dirigeant approfondit son agenda néolibéral et profite même du Covid pour l’approfondir encore plus à travers une forme de la « stratégie du choc ».
  2. De l’autre, une population rejette cela massivement et de manière radicale dans des mouvements sociaux qui contestent de plus en plus le système.

Les rapports sociaux se tendent et les classes sociales sont à nu. La gauche électorale paraît faible, certes, mais je ne réduirais pas la gauche au plan électoral. Il y a beaucoup de créativité dans les mouvements sociaux même si la crise du Covid a attaqué nos collectifs militants. Des alliances inédites se forment. Et je ne suis pas sûre que les idées de gauche soient si minoritaires. Plusieurs études montrent le contraire. Il y a besoin d’une force qui réenchante la politique pour gagner les élections et changer la société. Les mouvements sociaux peuvent apporter de ce point de vue beaucoup à la politique. Ils contestent un capitalisme dont les contradictions sont poussées extrêmement loin et qui met en cause la survie même de l’humanité.

Si vous voulez vous attaquer aux enjeux écologiques, il faut remettre la puissance publique au centre et s’extirper de la logique de la rentabilité financière. Cela veut dire une resocialisation d’une partie du système bancaire, du système financier, etc., et une mise sous contrôle drastique des multinationales. C’est une remise en cause radicale du système en place. Cette radicalité est portée par les mouvements sociaux comme les gilets jaunes, les jeunes qui se battent pour le climat, etc. Dans les manifestations, c’est bien la prise de conscience qu’il va falloir changer de système. De la même façon, une partie des mouvements féministes d’aujourd’hui porte cette radicalité.

Dans la convergence des luttes et l’alliance, il ne s’agit pas d’édulcorer la radicalité de chacune de ces luttes mais au contraire de reprendre toute la radicalité de chacune des luttes. C’est sur cette base idéologique que se reconstruit une nouvelle gauche écologique qui ne soit pas dans le changement à la marge mais qui soit réellement pour un changement de système.

  • Vous proposez alors une stratégie de « bloc arc-en-ciel ». De quoi s’agit-il ?

Aurélie Trouvé Comment s’allier et sur quelle base ? Dans mon livre le Bloc arc-en-ciel, j’évoque la Rainbow Coalition, mouvement social et politique de la fin des années 1960 à Chicago. Le bloc arc-en-ciel, c’est l’idée d’une coalition entre le rouge des traditions communistes et syndicales, le vert des luttes écologistes, le jaune des insurrections populaires, le violet des luttes féministes, le multicolore des luttes antiracistes, LGBTQ +, etc.

C’est reconnaître la spécificité de chacune de ces luttes et, selon l’expression empruntée à Frédéric Lordon, de « l’égale légitimité des luttes ». Il n’y a pas une lutte hégémonique par rapport à l’autre et c’est le respect aussi de l’identité et de l’aspiration avec laquelle je pars en lutte. Chacun arrive avec son identité et ensuite la question c’est : comment on fait système ? Comment on relie chacune de ces luttes face à un système capitaliste et ses multiples formes de domination : le capital sur le travail et le vivant ?

L’écologie n’est pas une annexe, un supplément d’âme par rapport au social. C’est à la gauche de révéler l’ensemble des formes de domination sans nier chacune de ces luttes, évidemment sans enfermement dans chacune des luttes. C’est tout le défi d’avoir à un moment des recouvrements entre ces luttes. Je voudrais insister sur la question des libertés publiques et la lutte contre l’extrême-droitisation des idées parce qu’elles nous concernent tous.

Ce gouvernement et ce système, pour s’imposer avec toutes les contradictions qui s’exacerbent, ont besoin de répression judiciaire et policière. C’est là qu’il y a des alliances à réaliser. Il s’agit d’irriguer la politique à travers les mouvements sociaux. Notre diversité et notre complémentarité tactiques nous ont permis par exemple d’avoir des victoires partielles contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou dans le mouvement des retraites. C’est aussi le cas au moment des gilets jaunes. La gauche va mal sur un certain plan mais il se passe plein de choses à la gauche sociale et écologique. Il faut pouvoir maintenant irriguer les champs entre eux !

Stéphanie Roza Vous pouvez amener des gens qui sont intéressés aux problématiques qui ne sont pas les leurs telles les violences policières, les inégalités entre hommes et femmes, entre discriminés et non-discriminés. Mais si vous voulez fonder un mouvement populaire large, il faut unir les gens sur ce qu’ils ont en commun, sur ce que nous partageons le plus largement.

La lutte contre les inégalités sociales (les retraites, la santé, etc.) est ce qui permet de réunir le plus les gens. Ce sont des dimensions qui nous concernent tous, quel que soit notre sexe ou notre couleur de peau. La gauche doit donc revenir à ses fondamentaux, idéologiques avec les Lumières ou sociaux dans le combat politique. C’est la seule voie qui permet de se fédérer au-delà de nos différences.

  • Jean-Numa Ducange, au regard de l’histoire, le rapport à la nation paraît absent aujourd’hui à gauche. Pourquoi est-ce, selon vous, une dimension à revivifier ?

Jean-Numa Ducange Dans Quand la gauche pensait la nation, j’ai voulu comprendre comment le mouvement ouvrier émerge. Quand il devient suffisamment structuré dans une série de pays européens, il va au-delà des revendications sociales, des revendications sur le travail. En France, il y a une affirmation de la République, bourgeoise par certains aspects, déjà sociale par d’autres. Elle est une question indissociable des luttes politiques et d’une certaine conception de la nation plutôt classée historiquement à gauche.

Concernant les pages héroïques citées et l’idée énoncée que « la gauche, c’est le refus », je partage pour une large part. Dès le début, le mouvement ouvrier s’est constitué en séparation du monde bourgeois pour dire : « Nous sommes une classe. » Pour autant, ces mouvements ont progressé lorsqu’ils ont pris à bras-le-corps des questions unifiantes comme celle de la nation.

Depuis quelques années, on a une offensive très forte sur l’histoire de France – on a cité Éric Zemmour, expert en la matière de la droite et de l’extrême droite – en faveur d’une droitisation extrême d’une définition de la nation. Le roman national classique se retrouve alors souvent critiqué et attaqué, parfois à juste titre, par la gauche. Mais, en retour, la gauche ne propose pas véritablement une alternative.

Le problème posé à différentes époques – et à chaque fois dans des conditions données –, c’est que la nation persiste. Le sentiment national est présent qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas ! On peut faire le pari de ne pas en parler et de fédérer les luttes sociales et radicales en laissant la nation à la droite ou à l’extrême droite. Selon moi, c’est une erreur qui a déjà été faite à plusieurs reprises par le passé. Bien sûr, il ne faut pas confondre avec le nationalisme. Des courants au sein du mouvement ouvrier ont dérivé. Pourtant, je ne fais pas partie des gens qui passent matin, midi et soir à dire que le récit national, c’est mal. Tout dépend de ce que l’on met dedans. Il y a toute une série d’événements historiques, de luttes populaires. Dans l’Histoire globale des socialismes, les 80 auteurs ne sont pas tous d’accord mais il y a un point commun : la gauche est en crise.

On ne sait plus qui on est, on ne sait plus très bien d’où l’on vient. Modestement, nous voulons fournir un outil éditorial pour nourrir le débat. Dans les années 1950, se dire de droite était impossible en France. C’est à ce moment-là que beaucoup d’ouvrages sur l’histoire des droites ont été publiés, parce qu’il fallait essayer de comprendre.

La droite s’est reconstruite idéologiquement parce qu’elle a fait le point sur ses différentes familles historiques et la façon dont elle était imprégnée d’éléments structurants depuis un siècle et demi. Aujourd’hui, à gauche, se réapproprier son histoire, ce n’est pas seulement pour éviter de retomber dans les travers du passé, mais sur un certain nombre de questions cela peut encore servir d’analyse pour le monde contemporain.

Edwy Plenel Qu’est-ce qui fait le commun aujourd’hui ? Selon moi, ce n’est pas de penser à la place des autres et de leur dire ce qui est bon pour eux mais d’apprendre d’eux. La documentariste Françoise Davisse a réalisé un grand film qui s’appelle Histoires d’une nation.

Vous y trouverez ce qui fait une nation, ces causes communes et cette histoire commune. Si vous ne parlez pas aussi des histoires de cette classe ouvrière, de comment elle s’est composée, on ne voit pas comment vous allez la mobiliser ! Car la classe ouvrière dont je parle là, elle ne vote pas Front national ou RN mais elle s’abstient.

Une classe ouvrière, c’est comme la nature, ça bouge. Il y a eu les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Belges, et il y a tout le reste qui vient de notre projection sur le monde ! L’égalité naturelle, c’est la perte de nos préjugés de supériorité et c’est d’aller vers l’autre avec ses formes d’auto-organisation.

Jean-Numa Ducange La tradition dont je parle est celle de Jean Jaurès. L’articulation entre la nation et l’internationalisme est constante dans l’histoire des mouvements ouvriers. Le fait de l’exclure a priori nous fait passer à côté d’une question fondamentale. Il est trop facile de dire : soyons radical et cela va suffire pour dépasser la question nationale. Le combat social, les luttes contre toutes les discriminations sont déterminants mais ne pas avoir de discours spécifiques sur les référents nationaux et la façon dont on peut se les approprier de façon progressiste, c’est laisser le champ à ceux qui en partie vont occuper le terrain du dialogue politique dans les prochains mois.

Stéphanie Roza est l’autrice de La Gauche contre les Lumières ? (Fayard, 2020) et codirectrice d’Histoire globale des socialismes (PUF, 2021). Edwy Plenel a écrit Le Président de trop et À gauche de l’impossible (la Découverte, 2021). Aurélie Trouvé a publié Le Bloc arc-en-ciel (la Découverte). Jean-Numa Ducange est l’auteur de Quand la gauche pensait la nation (Fayard, 2020) et codirecteur d’Histoire globale des socialismes (PUF, 2021).


Propos recueillis par Pierre Chaillan et Jérôme Skalski – Source