Un primaire à la primaire LR !

Ca y est, à 55 ans, il se met à son compte, c’est bien sa tête avec son nom en gros sur les affiches.

Eric Ciotti – Vue par Mougey – Le Canard Enchainé – 15/09/2021

Il va débattre pendant la primaire derrière un pupitre avec les gros poissons de LR, va falloir s’y habituer. Ils sont bien mignons, les Sarkozy, Hortefeux, Fillon, Wauquiez, qui ont profité de lui, brave petit chaouch. Maintenant, qu’on se le dise, il veut peser, tout seul. Pour faire avancer ses idées, empêcher la droite de se ramollir, de dériver vers les mornes rivages centristes ?

 « Ciotti n’est pas si facho que ça, pas foncièrement libéral, pas si obsédé par l’immigration. Il est avant tout électorale-sudiste. Sa base veut du tout-sécuritaire, de la droite musclée ? Pas de souci, il endosse le rôle. Son problème, aujourd’hui, c’est qu’il a peur de tout perdre », raconte une vieille connaissance.

« Tout perdre » ? Député depuis 2007, il occupe le terrain comme personne. Hyperactif à la commission des Lois (quelques textes mémorables, dont un promettant deux ans de prison aux parents de mineurs délinquants, oups), omniprésent dans sa circonscription, connaissant le moindre militant LR du coin (il préside la fédération des Alpes-Maritimes, ça aide), il reste tout-puissant au conseil départemental, qu’il a dirigé.

Dans le genre quadrillage du terrain, on fait difficilement mieux. Mais Ciotti accumule les revers. Depuis sa rupture orageuse avec Estrosi, qui fut son mentor, il s’est pris dans la machine à baffes : Sarkozy lui préfère Estrosi, qu’il nomme au gouvernement ; il guigne Nice, il lui faut renoncer ; et, lorsqu’il tente de faire trébucher Muselier à la région, il se plante.

« Ciotti, c’est avant tout une ambition frustrée. On n’en serait pas là, à devoir le gérer, s’il avait eu un poste ministériel », assène un député LR.

Ô Niçois qui manigance

Le voilà maintenant pris en tenaille entre les deux gros loulous du coin, les très Macron-compatibles Muselier et Estrosi, qui ont une irrésistible envie de lui faire la peau.

Sa crainte ? Que ses deux « amis » lui collent dans les pattes un candidat de droite pour lui faire perdre sa circonscription. Alors il tente d’exister. Il n’a jamais eu froid aux yeux, Ciotti.

  • En 2008, il soutient la campagne d’Estrosi à Nice, dont le programme prévoit la construction d’une grande mosquée.
  • En 2011, après le vote de sa loi supprimant les allocations aux parents de mineurs délinquants (abrogée après l’élection de Hollande), TF1 diffuse un reportage à sa gloire. Une mère de famille au bord des larmes vient le remercier devant les caméras. L’éplorée n’était autre que son attachée de presse.

Il fait voter en 2011 une loi pour l’instauration d’un service citoyen, faut les cadrer, les jeunes des cités, une bonne paire de baffes balancée par l’adjudant-chef, ça vous remet d’équerre.

  • Mais « Le Canard » révèle en 2016 que l’ami Ciotti a fait des pieds et des mains pour échapper au service militaire, en 1991, faisant intervenir Estrosi, puis Fillon. Le maire de Nice lui donnait alors du « mon plus fidèle compagnon », expression qui peut aussi bien qualifier un ami de toujours qu’un animal de compagnie.
  • En 2017, craignant de perdre sa circonscription en raison de la vague macroniste qui s’annonce, Eric Ciotti négocie directement avec les proches de Le Pen l’envoi d’un candidat faiblard contre lui, à charge de revanche, bien sûr. Lui qui est aussi, ce qui est bien pratique, président de la commission nationale d’investiture de son parti, n’est-il pas le mieux placé pour nommer ceux qui iront affronter les candidats de Le Pen ?

Comme disent les commerciaux, c’est du winwin. L’affaire est rondement menée, il est réélu.

Ramassage d’encombrant

Donné à 6 % dans les sondages, il est la lanterne rouge de la primaire de la droite. Alors il cogne.

  • Il réclame l’inscription des racines judéo-chrétiennes de la France dans la Constitution,
  • la suppression des droits de succession en ligne directe pour les patrimoines inférieurs à 5 millions d’euros,
  • l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour les mineurs dans l’espace public.

Inapplicable ? Aucune importance, l’essentiel, c’est le buzz, et un accord pour un poste ministériel avec celui ou celle qui sera désigné.

Pari risqué : « Il est devenu encombrant. Les candidats préfèrent s’afficher avec Lisnard, le maire de Cannes, qui présente mieux », s’amuse un député LR.

Un obstacle inattendu vient de se dresser sur sa route : on lui donne raison.

Xavier Bertrand dénonce le « laxisme migratoire » et propose le retour de la double peine, Valérie Pécresse cogne sur « une immigration massive et débordante », et voilà que le très pondéré Michel Barnier demande la fin de tout regroupement familial et un moratoire sur (là encore) l’immigration.

Et si Ciotti, après vingt ans de travail acharné, se faisait finalement déborder sur sa droite par cette bande d’amateurs ? Il aurait l’air malin


Anne-Sophie Mercier – Le Canard Enchainé – 15/09/2021

2 réflexions sur “Un primaire à la primaire LR !

  1. bernarddominik 17/09/2021 / 07:36

    La TV, publique et privée, lui fait la part belle.
    Ce sera difficile pour lui de doubler Estrosi qui est le vrai patron de la région, Muselier n’est que le second pas très soutenu par le parti de Gaudin sur les BdR, et qui doit sa promotion à Estrosi dont il est le représentant à Marseille.
    Mais l’échec de Macron risquerait de lui redonner un second souffle à Nice.
    Les niçois n’aiment pas les perdants.

  2. jjbey 18/09/2021 / 21:58

    Caricature du jeu politicien Ciotti est une vrai machine à vous dégouter de faire de la politique.

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