Un Édito très nuancé, trop peut-être…

Autant le dire tout de go nous n’avons pas apprécié l’édito du 15 septembre signé comme de coutume par Riss dans Charlie Hebdo. Peut-être avons-nous tout faux… à vous de vous exprimer. MC

Donc, Éric Zemmour sera peut-être candidat à l’élection présidentielle de 2022. La photo en couverture du Figaro Magazine de cette semaine a déjà des airs de portrait officiel d’un président de la République. Mais pas n’importe lequel. Uniquement de ceux qu’admire Zemmour, qui posent comme lui devant une bibliothèque remplie de livres : de Gaulle, Pompidou, Mitterrand et Sarkozy. Rien à voir avec la photo officielle de Giscard, figé devant un drapeau bleu, blanc, rouge flottant dans le néant, ou celle d’un Chirac, d’un Hollande ou d’un Macron, plantés devant les jardins de l’Élysée comme des rhododendrons.

Zemmour, convaincu d’avoir la culture politique et littéraire que les grands hommes de l’histoire de France se doivent de posséder pour gouverner ce pays ingouvernable, se rêve en héritier d’une longue lignée de gloires passées, qui commence avec Godefroi de Bouillon et finit avec Raoul Salan et Marcel Bigeard.

Zemmour sera donc un restaurateur. De la grandeur de la France, de la grandeur de son histoire, de la grandeur de son industrie, de la grandeur de son identité. Il résume ainsi ses cinq objectifs : identité, immigration, indépendance, instruction, industrie. C’est son programme.

Quasiment le même que celui de Jean-Marie Le Pen dans les années 1980. Avec une différence : Le Pen père n’a jamais vraiment pensé qu’un jour il dirigerait la France. Zemmour, si.

Autre différence, Le Pen était imprégné d’un antisémitisme propre à sa génération, qui repoussait vers le centre des électeurs de droite qui partageaient pourtant sa vision de l’immigration. Avec Zemmour, Juif originaire d’Afrique du Nord, cet électorat qui a fui le père pour son antisémitisme et a délaissé la fille pour sa désinvolture a trouvé le candidat qui incarne les idées du clan Le Pen, sans en avoir les inconvénients.

Zemmour s’est fait connaître du grand public par ses livres polémiques et ses déclarations provocatrices sur les plateaux de télévision. Cela fit de lui un personnage médiatique, mais pas un personnage politique. Nous assistons donc depuis quelques mois à sa mue. Il tente de laisser derrière lui sa vieille peau fripée de serpent à sonnette d’extrême droite pour revêtir la peau tachetée de la salamandre de François ler ; « Je me nourris du bon feu, j’éteins le mauvais ». Car s’il veut laisser une trace dans cette histoire de France qui le fascine tant, il lui faudra rassembler le plus grand nombre d’électeurs derrière un programme qui soit autre chose qu’une accumulation de nostalgies poussiéreuses et xénophobes sur la France de son enfance.

Sur sa chaîne officielle, CNews, Zemmour s’exerce depuis des mois à défendre ses convictions habituelles, mais avec le souci de les rendre audibles aux oreilles les plus chastes. Le plaisir de la provocation facile dont abusait Le Pen et que Zemmour a aussi pratiquée dans le passé a laissé place à un discours de candidat qu’on entend même si on n’est pas du tout de son bord, comme on le fait les soirs de débats électoraux, quand on écoute tous les postulants à la magistrature suprême, même ceux qu’on déteste.

Mais l’obsession de Zemmour pour l’immigration ne suffira pas à faire de lui un candidat très crédible. Ses analyses sur l’économie et surtout l’écologie montrent qu’il est ignorant de ces sciences. Pendant le confinement, les télévisions montraient quelques poissons et dauphins de retour dans les canaux de Venise, redevenus clairs avec l’absence des gondoles. Commentaire de Zemmour : « Finalement, ça revient vite ». Un enfant de 10 ans n’aurait pas dit mieux.

Quand Zemmour parle d’écologie, de nucléaire et de réchauffement climatique, on a de la peine pour lui tant il est nul. Dès qu’il parle d’autre chose que de ses obsessions identitaires, Zemmour est comme Marine Le Pen : il n’a pas davantage le niveau; il ne suffit pas de citer Napoléon ou de Gaulle pour sauver le pays des périls cataclysmiques qui le menacent.

Zemmour, le restaurateur de la fierté nationale, n’est au mieux que le Viollet-le-Duc d’une France classée aux monuments historiques. Un rafistoleur laborieux de gargouilles en ruine, plus fidèle à ses fantasmes de grandeur qu’au génie de ceux qui firent sortir de terre cathédrales et forteresses.

Car Zemmour n’a aucune imagination politique, seulement des nostalgies politiques. Il est vrai que l’imagination a déserté depuis longtemps la politique pour laisser place à la communication et aux éléments de langage creux. Alors oui, dans ce paysage électoral anorexique, même un Zemmour maigrichon a sa chance.


Edito du 15 sept 2021 – Charlie Hebdo- Riss