États-Unis. La Californie reste Démocrate-(Pro Biden)

Pour la rédaction de « Le Monde »

L’issue du scrutin est non seulement une victoire pour le gouverneur Gavin Newsom, fragilisé par la crise du Covid-19 et les mesures sanitaires décrétées pour endiguer la pandémie, mais aussi pour l’ensemble du camp démocrate.

Ce vote « dit oui à ce qui nous est cher à nous, Californiens », a lancé Gavin Newsom à l’annonce de ces premiers résultats.

« En tant qu’Etat, nous avons dit oui à la science, oui aux vaccins, oui à la fin de la pandémie (…), oui au droit de vote sans craindre de fausses accusations de fraude. »

Soutenu par Biden en personne

Preuve de l’enjeu national de ce référendum dans un Etat équivalent à la cinquième puissance économique mondiale, le président, Joe Biden, a mis sa casquette de patron du camp démocrate et s’est rendu lundi en Californie pour soutenir M. Newsom.


La rédaction de « Le Monde »

Source (Extraits)



Pour « Le Parisien »

Avec 66 % des bureaux de vote dépouillés, Newsom affiche une avance de 30 points, 64,2 % des électeurs estimant qu’il devait rester en fonction et 35,8 % qu’il devait être destitué. Sauf surprise colossale, il devrait donc rester en fonction jusqu’à la fin de son mandat en janvier 2023. La forte participation – avec notamment 9 millions de votes anticipés – renforce même ses chances d’être reconduit lors des mid-terms de novembre 2022 à la tête de l’État le plus peuplé du pays. Joe Biden, qui est venu le soutenir lundi, peut souffler.

Ancien lieutenant-gouverneur et maire de San Francisco, Newsom, 53 ans, a été confronté à la sécheresse extrême, aux graves incendies qui brûlent depuis des semaines, à l’explosion du nombre de sans-abri. Les conservateurs n’ont pas goûté sa politique libérale en matière de droits des LGBTQ, d’immigration et de criminalité, et ils ont lancé la campagne de collecte des signatures pour engager la procédure de « recall ». Cette campagne a pris de l’ampleur lorsqu’au début de la pandémie de Covid-19, alors qu’à Washington Donald Trump moquait une « petite grippe », le gouverneur a fermé les écoles de Californie. Il a continué de fâcher en exigeant le port du masque et la vaccination. Les partisans de la révocation ont recueilli 1,5 million de signatures de Californiens favorables à la tenue de cette élection spéciale.

« Soyons gracieux dans la défaite »

Ce vote « dit oui à ce qui nous est cher à nous, Californiens », a lancé Gavin Newsom à l’annonce de ces premiers résultats. « En tant qu’État, nous avons dit oui à la science, oui aux vaccins, oui à la fin de la pandémie (…) oui au droit de vote sans craindre de fausses accusations de fraude », a dit le gouverneur.

46 candidats, en grande majorité républicains, se présentaient pour remplacer Newsom parmi lesquels l’icône transgenre Caitlyn Jenner, célèbre pour son appartenance au clan Kardashian. Le principal candidat, Larry Elder, ultra-conservateur, animateur de radio noir et partisan de Trump, avait promis de supprimer l’obligation de se faire vacciner contre le Covid et de porter un masque.

Dans les jours précédant le scrutin, l’ancien président américain et Elder ont affirmé que les démocrates allaient voler l’élection, une référence aux assertions de Trump qui crie toujours au « vol » de sa réélection à la Maison Blanche en novembre dernier. Mardi soir, contrairement à son champion, Larry Elder a reconnu avoir perdu.


Article signé des initiales J.Cl. – Le Parisien –

Source (Extraits)



Pour «  L’Humanité  »

Le gouverneur démocrate de l’État, Gavin Newsom, conserve, avec 64 % des suffrages, son poste après un référendum visant à le destituer.

Chez les démocrates, le soulagement est à la hauteur de la frayeur. Gavin Newsom, le gouverneur de la Californie, l’État le plus peuplé du pays, a survécu au référendum de destitution avec une marge supérieure à ce qu’indiquaient les derniers sondages. À la question : « Gavin Newsom doit-il être révoqué de ses fonctions de gouverneur ? », 64 % des électeurs ont répondu non, contre 35 % oui, selon le dernier décompte portant sur les deux tiers des bulletins.

Les républicains comptaient sur ce « scrutin de rappel » pour marquer des points dans un État de plus en plus « bleu » (la couleur associée aux démocrates) et dans lequel ils n’ont pas remporté une seule victoire depuis dix ans. La loi californienne stipule qu’une pétition signée par 12 % des votants de la précédente élection déclenche automatiquement un référendum de « recall ». Soit, en l’occurrence, 1,5 million de signatures sur les 22 millions d’électeurs inscrits.

Le mauvais pari du GOP

Le GOP (Grand Old Party, surnom du Parti républicain) a cru entrevoir une fenêtre de tir en pleine pandémie, alors que le gouverneur démocrate avait été parmi les premiers dans le pays à imposer un confinement puis le port obligatoire du masque. Des mesures très impopulaires auprès des électeurs républicains, mais pas des Californiens dans leur ensemble. Les stratèges du GOP pariaient donc sur une surmobilisation des électeurs de droite, accompagnée d’une sous-mobilisation des démocrates.

Ils ont dépeint Gavin Newsom comme un « libéral » (dans le sens américain : progressiste), riche, attiré par le clinquant et un « hypocrite élitiste ». Les stratèges démocrates ont commencé à trembler lorsque le gouverneur a été surpris sans masque lors d’une soirée d’anniversaire dans un restaurant français triple étoilé. Élu avec 62 % des voix en 2018, Gary Newsom devenait l’incarnation de sa caricature.

La fébrilité s’est alors emparée de l’establishment démocrate jusqu’à Washington. Si Newsom était révoqué, c’est un républicain qui prendrait sa place, puisque les démocrates locaux, par cohérence stratégique, avaient décidé de ne soumettre aucune candidature au suffrage des Californiens, qui en cas de réponse positive à la première question devaient également voter pour élire son remplaçant.

L’une des prérogatives du gouverneur est de nommer les sénateurs (il y en a deux par État) en cas de vacance (pour quelque raison que ce soit) du poste. Or, le mandat de Dianne Feinstein, inamovible sénatrice démocrate de 88 ans, court jusqu’en 2025. Un laps de temps suffisamment long pour que la nature opère et que les républicains réalisent le hold-up parfait en nommant un des leurs au Sénat, scénario impossible en cas d’élection au suffrage universel.

Les clignotants étaient suffisamment passés a l’orange pour que Joe Biden fasse le déplacement et vienne défendre en personne Gavin Newsom, lundi, soit la veille du scrutin, appelant les électeurs à ne pas permettre l’arrivée au poste de gouverneur d’un « clone de Donald Trump ». Ce dernier, Larry Elder, a dévidé toute la pelote ultralibérale (« le salaire minimum c’est 0 dollar ») et réactionnaire (« je suis 100 % pro-vie », soit antiavortement), aidant les démocrates à transformer le scrutin en référendum sur le trumpisme…

Maintenu à la tête de l’État, Gavin Newsom va pouvoir se consacrer au problème fondamental qu’il n’a pas réussi à juguler jusqu’à présent : l’explosion des inégalités.


Christophe Deroubaix – L’Humanité – titre original : « États-unis. La Californie échappe aux républicains

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