Les patrons US, l’appellent « Grande démission »…

Un article entre moquerie et vérité à moins que ce soit là, la re-definition des assistés. MC

« Grande démission » est le nom que les Américains ont donné au mouvement qui poursuit sa marche… avec 4 millions de démissions au cours du seul mois de juin dans ce pays.


Peur d’être contaminé en retournant au travail, horaires de dingue, salaires au ras du sol, volonté de retrouver du temps libre…, les raisons de l’abandon définitif de poste sont nombreuses, comme le savent les patrons français de restaus et d’hôtels, désormais obligés d’offrir des conditions de travail et des salaires à peu près décents pour trouver des salariés motivés, un scandale – selon le patronat !

En cette rentrée, la préoccupation majeure des patrons, c’est la pénurie : matières premières impossibles à trouver, salariés difficiles à recruter.

Dans le cerveau des dirigeants, ces deux causes aux origines très différentes se cumulent en un problème que l’on croyait disparu : l’inflation. Car lorsque les constructeurs automobiles se battent pour des semi-conducteurs ou des batteries, les vendeurs concernés sont en position de force pour en obtenir plus, et donc augmentent leurs prix de vente.

Et, face au manque de codeurs, informaticiens ou spécialistes de la cybersécurité, les salariés en question peuvent faire monter les enchères.

Or, pour un patron, acheter plus cher du minerai, passe encore. Mais… verser un salaire plus élevé, cela relève de la faute professionnelle.

Ce qui me permet de rappeler la véritable définition du plein-emploi (que nous ne connaîtrons plus jamais, hein) : le plein-emploi, c’est lorsque les salariés choisissent leur entreprise autant que les entreprises choisissent leurs salariés.

Bref, le plein-emploi, c’est un marché du travail sain, où l’offre et la demande sont de même ampleur. Mais, bizarrement, ce marché-là, mes collègues économistes « libéraux » le détestent.

Sylvain Apaire, président du Medef choletais, le déplore : « Quand on est un chef d’entreprise qui s’est battu pour que son entreprise tienne et qu’on n’arrive pas à remplacer ses départs à la retraite, c’est affligeant (1) ».

À qui la faute ?

Aux jeunes, bien sûr, que Sylvain qualifie d’« intérimaires qui consomment le travail : ils enchaînent les missions quand ils en ont besoin, mais refusent toujours d’être embauchés ».

Ben, on n’est pas pour la liberté, au Medef ?

Seconds méchants : les seniors, qui « préfèrent négocier leur préretraite en anticipant le fait que le sujet d’un départ anticipé revienne sur la table l’année suivante ». Autrement dit, des plus de 50 ans qui savent qu’ils vont être lourdés et qui prennent leurs précautions. Il faudrait leur en vouloir, alors que les directeurs du personnel vous qualifient de « senior » le jour de vos 40 ans, dans un pays où tout le monde va vivre plus d’un siècle ?

La semaine dernière, une responsable de l’Association pour l’emploi des cadres me disait que l’Apec « a deux, et même trois promos de diplômés sur les bras » : ceux qui viennent de décrocher leur diplôme ; ceux de 2020, qui se sont pris le premier confinement, le vrai, au pire moment ; une part des diplômés de 2019, à cause de l’arrêt des recrutements.

Mais, premières bénéficiaires de la politique du gouvernement (fortes baisses de l’impôt sur les sociétés et des impôts de production), les entreprises ne veulent plus fournir aucun effort, même quand c’est dans leur propre intérêt.

Vous avez dit entreprises assistées ?


Jacques Littauer – Charlie Hebdo – 08/09/2021


  1. Recrutement. « Il va falloir payer 10 à 15 % plus cher »» (La Croix, 26 août 2021).