Irrémédiablement brun !

Un nid de policiers d’extrême droite, se love au chaud dans la brigade anticriminalité de Nancy – hélas, ils professent et ne se multiplient pas qu’en cette ville. Inquiétant. MC

Au tribunal correctionnel de Nancy, à compter du 10 septembre 2021, 10 policiers de la brigade anticriminalité vont être jugés pour racisme… envers des collègues qu’ils jugeaient trop mous, trop tendres et, sans doute, pas assez fachos.

L’affaire rappelle celle qui, une semaine auparavant, avait valu à cinq ex-poulets du commissariat d’Evreux de comparaître, eux aussi, en correctionnelle.

Sur leur boucle WhatsApp, ces génies, qui en avaient après un collègue de couleur, s’en étaient donné à coeur joie. Aperçu : « J’ai horreur des Noirs et qui plus est des gays, alors les deux mélangés quelle horreur. »

Deux procès de rang, sacrément gênants pour l’Intérieur : le racisme interne ne figurait même pas à l’ordre du jour du Beauvau de la sécurité, en passe d’être clôturé après six mois de travaux. Ca chez ces Blancs de poulets racistes que je ne saurais voir…

A Nancy, cela faisait un moment que les flics fachos sévissaient en toute impunité. Il a fallu qu’un autre baqueux brise l’omerta et, captures d’écran de la messagerie Facebook à l’appui, prévienne son commissaire.

Racisme en brigade

En juillet 2018, le patron de la police nationale saisit son inspection. « Le Canard » (comme « Le Monde » (8/9)) a mis le bec sur le rapport des boeuf-carottes. Ce document de 25 pages (décembre 2019) montre que la BAC de Nancy était, depuis au moins cinq ans, un repaire de fous furieux.

L’un de ses membres avait poussé la coquetterie jusqu’à faire broder ses initiales sur son polo réglementaire — « SS », en l’occurrence. Tous les membres de « la meute », comme les désignent les enquêteurs de la police des polices, s’étaient fait tatouer le même loup sur l’avant-bras, en référence à une unité spéciale créée par les nazis.

En 2017, cette « meute » s’acharne sur un gardien de la paix, un nouveau venu dont le tort impardonnable est de porter un patronyme d’origine maghrébine. Refus de lui serrer la main, envoi de photos de saucisson, défoulement sur la messagerie… L’homme est traité de « bougnoule », de « bicot », de « vieille blatte pourrie esseulée qui essaie d’échapper comme il peut à la désinfection ».

Blancs de poulet

Pour mettre fin à son calvaire, le gardien de la paix, par ailleurs bien noté, a fini par porter plainte. Tout comme trois autres de ses collègues, semblablement cajolés par « la meute ». « De tels comportements sont indignes, fulmine Frédéric Berna, avocat des victimes. Il faut absolument empêcher de pareils groupuscules de se constituer et de proliférer au sein de l’institution policière si on veut rétablir la confiance avec les citoyens. » Darmanin l’affirmait après l’agression sauvage d’un livreur Uber : « Le racisme ne doit jamais rester impuni. »

Y compris dans la police, chef ?


Article signé des  initiales D. H. et C. L. – Le Canard Enchainé – 08/09/2021