Aucune leçon, juste, j’veux pas l’savoir, rentabilité, m… !

Retour des farines animales

Dès la fin de l’année, nos cochons pourront de nouveau manger du poulet, et nos poulets, du cochon.

En plein coeur de l’été, un règlement de la Commission européenne a ré-autorisé, après vingt ans d’interdiction pour cause de « crise de la vache folle », le saupoudrage de farines animales dans la gamelle des volailles et des porcs.

Souvenez-vous : à la fin des années 80, pour transformer les vaches en usines sur pattes, l’agroalimentaire avait eu fa riche idée de leur servir des farines de viande et d’os fabriquées avec des morceaux de poulet, de cochon, mais aussi de leurs congénères. Un gisement de protéines quasi gratis puisque récupéré chez les équarrisseurs et dans les abattoirs. Sauf qu’une partie des vaches cannibales étaient devenues folles et qu’il avait fallu abattre des milliers ce troupeaux pour ne pas contaminer nos assiettes.

Revoilà donc les farines animales, mais nouvelle génération. Rebaptisées « PAT », pour « protéines animales transformées », elles restent interdites aux ruminants et ne seront plus concoctées qu’avec des bêtes saines. Le tout chauffé pendant trois heures à 180 °C pour stériliser la pitance. Une aubaine pour les industriels du porc et de la volaille, qui vont pouvoir troquer les coûteux tourteaux de soja importés du Brésil contre une protéine beaucoup moins chère et plus efficace pour faire pousser le cheptel.

L’an dernier, la France a acheté, pour près de 1 milliard d’euros, 2,9 millions de tonnes de tourteaux. Avant même que Bruxelles sonne le retour des farines animales, l’actuel ministre de l’Agriculture avait annoncé un plan pour réduire notre dépendance au soja brésilien, en doublant d’ici à dix ans les surfaces cultivées en France. En marche vers la « souveraineté alimentaire », grâce aux millions de tonnes de PAT qui vont pouvoir être servies chaque année aux poulets et aux cochons tricolores.

Il y a, cependant, un os. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a donné son feu vert assorti d’une condition : bien vérifier l’absence de contamination croisée. Or, en France, les abattoirs sont très peu spécialisés par espèces. D’où le risque de s’emmêler les pinceaux entre les morceaux de porc, de volaille ou même de bovin.

En prime, on manque de vétos pour les contrôles. Notamment les tests ADN, qui permettent de vérifier que les farines ne mélangent pas les bêtes à plume et à poil. Il ne faudrait pas qu’on se fasse encore rouler dans la farine.