Empoignade entre milliardaire

Une mésaventure pour Bernard Arnault qui prêterait à rire si malheureusement ce n’était les salariés des entreprises, qui pâtissaient dans cette joute. MC

Arnault payé comptant mais pas content même si il n’est pas reparti les mains vides de chez Lagardère : son bref passage lui ayant rapporté une jolie plus-value.

Appelé au secours par Lagardère pour résister aux assauts de Bolloré, Arnault (ami de feu Jean-Luc Lagardère) lui achète, en mai 2020, un gros quart de Lagardère Capital, la société en commandite, clé du pouvoir sur le groupe.

En octobre, rebelote avec l’acquisition d’un peu plus de 7 % du capital dudit groupe. Montant total des emplettes : 250 millions d’euros de titres, valant aujourd’hui 310 millions, soit 25 % de plus-value en un an et quelques. L’honnête épargnant serait comblé à moins. Pas Arnault, qui a manifesté sa mauvaise humeur en accélérant le mouvement.

L’accord entre les deux patrons prévoyait qu’à compter du 1er septembre il avait un an pour quitter la commandite. Il l’a fait le matin même du premier jour, histoire de marquer son irritation face au spectaculaire revirement de Lagardère.

Explication ?

Un an après avoir appelé Arnault à son secours contre Bolloré, Lagardère a prêté sans vergogne allégeance à ce dernier, devenu de facto le véritable patron du groupe.

« Si Vincent Bolloré n’avait pas été présent, le groupe (Lagardère) ne serait peut-être pas là dans sa totalité », a ainsi déclaré Lagardère dans « son » « Journal du dimanche » (5/9).

Arnault a dû être content d’apprendre que l’agresseur contre lequel on l’avait supplié d’intervenir était devenu, dix-huit mois plus tard, le sauveur du groupe !

Pire : Lagardère (sans, évidemment, demander l’avis des autres actionnaires) a offert à Bolloré Europe 1 sur un plateau.

« C’est une bénédiction (pour la radio) d’avoir eu Bolloré », ajoute, extatique, l’ingrat « Nono ». Qui précise : « J’aimerais redrësser Europe 1 comme il a redressé Canal + et CNews. » Apparemment, il est prêt à tout pour ne pas se faire virer par le milliardaire breton.

Avec Arnault, en revanche, l’heure n’est plus à la romance. En volant au secours de Lagardère, le patron de LVMH avait un objectif : mettre la main sur la presse du groupe. Ce sera ceinture ! « Ni « Le Journal du dimanche » ni « Paris Match » ne sont à vendre », assure dans « Le Figaro » (1/9) Constance Benqué, la patronne de Lagardère News.

A vous dégoûter d’aider votre prochain !


Article signé des initiales H. M. – Le Canard enchaîné. 08/16 09/2021