Candidate à la primaire des écolos

Sandrine Rousseau

Dessin de Kiro – 01 sept 2021

La victimaire des batailles

La candidate « écoféministe », très offensive à la primaire écolo, se présente désormais comme « la voix des vies brisées », mais pas seulement. On parle beaucoup d’elle, la voilà ravie.

« Je suis la première femme candidate féministe à la présidentielle, c’est déjà un événement », lance-t-elle sans rire. Arlette Laguiller, Ségolène Royal, Cécile Duflot, Nathalie Arthaud apprécieront. Ces temps-ci, Sandrine Rousseau, persuadée de remporter la primaire et d’être investie par les écologistes pour la présidentielle, ne touche plus terre. C’est comme ça chaque fois qu’elle s’aligne dans une compétition.

Cette professeure d’économie à l’université de Lille, qui joue les girls next door, très souriante, était déjà certaine de devenir patronne du parti en 2014, mais Emmanuelle Cosse l’a emporté.

Elle assurait à qui voulait l’entendre qu’elle deviendrait présidente des Hauts-de-France en 2015. Elle voulait bien l’union avec les socialistes, qui dirigeaient la région depuis des décennies, mais derrière elle. Il n’y eut pas d’union avec le PS, Sandrine Rousseau obtint moins de 5 % des voix, et la gauche, contrainte de se désister pour Xavier Bertrand, perdit tous ses sièges. « J’avais rarement vu autant d’incompétence politique », soupire un vieux socialiste encore traumatisé.

Depuis qu’elle a annoncé sa candidature, en octobre 2020, rien n’est assez à gauche pour elle. La voici adepte de l’écriture inclusive, écoféministe, une doctrine qui lie l’exploitation de la nature et la domination subie par les femmes, mais aussi décoloniale et intersectionnelle.

La larme à gauche

Elle dénonce « une société de la prédation » qui prend et jette les « corps des femmes, des racisés, des plus précaires », ce qui en fait sourire plus d’un. « Sandrine est arrivée en 2010. Elle a toujours été réglo avec nous, elle était au coeur de l’appareil, comprenait bien les enjeux internes et participait à nos petites combines, bref, c’était une bonne apparatchik, prometteuse et loyale, dont on avait fait une conseillère régionale. Je me rends compte qu’elle est d’extrême gauche et prône la révolution, j’avoue être un peu surpris », raconte un ancien dirigeant du parti, très amusé quand il l’entend lancer d’une voix assurée : « Je porte un projet de renversement de la domination au sens large. »

Marginalisée à la suite de son retentissant échec aux régionales, Sandrine Rousseau fait son grand retour un an plus tard, en témoignant contre Denis Baupin, accusé de harcèlement sexuel par plusieurs femmes du parti. Le vice-président de l’Assemblée l’a embrassée de force en 2011. Elle en fait un livre, « Parler », et crée une association d’aide aux victimes de harcèlement qui porte le même nom. Invitée par Laurent Ruquier, elle s’effondre quand Christine Angot lui fait comprendre avec rudesse que réclamer le statut de victime n’est pas une revendication politique. Ses larmes lui valent des soutiens, Marlène Schiappa s’indigne, elle s’en souviendra.

Son grand truc, désormais, c’est la souffrance. « Elle fait de la souffrance une forme d’identité, alors que nous devons nous adresser à ceux qui ont souffert pour les émanciper et leur donner les moyens de l’émancipation », s’indigne une figure de l’écologie. Elle se moque de ces critiques comme de sa première motion écolo, elle est désormais « la voix des vies brisées », femmes harcelées, victimes de discriminations. Et peu importe que les militants anti-racistes de son parti ne l’aient jamais vue dans aucune manif.

Quarante ans après Giscard, qui s’invitait à la table des Français, Sandrine Rousseau va se lancer dans une série de « j’irai vivre chez vous ». « Il faut voir à quelle heure les gens se lèvent, se couchent, les pré­occupations du quotidien. » On ignore s’il y aura beaucoup de volontaires.

« Chienne de garde » de niche

Son message tient en peu de mots : l’intime est politique. Sa candidature, très axée sur la « sensibilité », lui vaut le soutien appuyé d’artistes comme Eve Ensler, auteure des « Monologues du vagin », l’actrice Adèle Haenel, la réalisatrice Céline Sciamma ou encore l’élue de Paris Alice Coffin, auteure de propos très remarqués appelant à « éliminer les hommes de nos esprits, de nos images, de nos représentations ».

Rousseau peut affaiblir Eric Piolle, le maire de Grenoble, très soutenu par l’appareil. Pas question, donc, de laisser enfler la polémique sur la bousculade entre les deux candidats. « Il ne s’est rien passé » l’assure Bayou, qui s’est fendu d’un très sérieux courrier de trois pages aux adhérents.

En attendant, la porte-parole de toutes les victimes de France continue sa route, entre déclarations hasardeuses sur les talibans et autopromotion non-stop : « Je serai investie. »

Après qu’un ponte du parti a récemment parlé d’elle en évoquant « une candidature de niche », la candidate a avoué à un journaliste de « L’Obs » rêver de « les lui briser avec un marteau ». Ils sont plus d’un dans son parti à trouver qu’elle commence à les leur briser menu aussi.


Anne-Sophie Mercier – Le Canard Enchainé 01/09/2021