Démarchages à tout-va…

… notamment à domicile pour le service public

Que se passe-t-il quand des concurrents se battent entre eux sur un marché où ils proposent tous la même chose, et que cette chose (un abonnement au gaz ou à l’électricité) tout le monde l’a déjà? Ils trichent, ils mentent, ils volent.

Dans les termes choisis d’Olivier Challan Belval, médiateur national de l’énergie, qui a rendu son rapport en mai dernier, cela s’appelle « des appels téléphoniques insistants, des visites inopinées au domicile, des discours insidieux, des informations tronquées, voire mensongères (1) », ce qui n’est pas rien.

Mais les démarcheurs à domicile plongent parfois des familles dans la détresse, à l’image de ces retraités pauvres, trop heureux d’économiser – croient-ils – quelques euros, et qui se retrouvent à en devoir des centaines à leur arnaqueur.

Le médiateur indique que ses services « sont même parfois témoins de pratiques qui s’avèrent réellement frauduleuses, par exemple lorsque le démarcheur se fait passer pour ce qu’il n’est pas, ment sur la réalité de l’offre faite, falsifie un contrat ou imite la signature d’un consommateur, », ce qui l’a d’ailleurs conduit à porter plainte.

Alors certes, les plaintes restent limitées, un peu plus de 2000 en 2020. Mais elles n’étaient que 1 400 en 2018. Et la chose prend tellement d’ampleur que les dirigeants de quatre mini-entreprises présentes sur ce marché idiot ont rédigé une tribune appelant à la fin du démarchage à domicile (2).

Pour Albert Codinach (Planète Oui), Amandine Albizzati (Enercoop), Julien Chardon (Ilek) et Vincent Maillard (Plüm énergie), ces pratiques doivent disparaître, car elles « jettent le discrédit sur le marché tout entier ».

Ils notent que c’est possible, puisque, dans le cas des travaux d’économie d’énergie, à l’origine d’invraisemblables arnaques avec les fameuses «isolations à 1 euro», la loi du 24 juillet 2020 a interdit le démarchage téléphonique pour ce type de prestation – mais pas à domicile, faut pas déconner non plus.

Une partie du problème tient au fait que, comme tout, le démarchage est sous-traité à des entreprises de commerciaux payés aux résultats, et donc prêts à tout ou presque pour caser un contrat. Ainsi de C2E, l’un des leaders de l’arnaque, avec ses phrases de motivation à la finesse toute socratique, du type « Il n’y a qu’une loi dans la jungle : quand le léopard a faim, il mange ! », ses voitures de luxe ou ses séjours paradisiaques offerts aux «meilleurs» commerciaux… Or démarcher coûte cher : entre 100 et 200 euros par nouveau client.

De ce fait, seules les grosses entreprises- dont EDF, bien sûr-peuvent y gagner. D’où la colère des quatre petits, qui prient tous les dieux de la terre pour qu’« on ne puisse plus associer l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie à ces pratiques condamnables ».

Mais les amis, vous savez quoi? C’est tout ce marché qui est à mettre à la benne.

Je suis assez vieux pour avoir vécu dans un pays où il n’existait pas, et je m’en portais beaucoup mieux. Et tant que j’y suis, en ce début de campagne présidentielle, je pose cette question aux camarades candidates et candidats écologistes : pourquoi n’êtes-vous pas pour l’interdiction totale de la publicité, mesure de loin la plus efficace pour ralentir la destruction de notre habitat terrestre?

Vraies réponses attendues, merci.


Jacques Littauer – Charlie Hebdo – 01/09/2021

1

Selon Guillaume Richard dans « Le Figaro » – 15 aout 2021 (Extraits)

… Le marché de l’électricité et du gaz fait travailler des centaines de démarcheurs sillonnant les rues de France pour placer des abonnements chez les particuliers ou les PME. Une pratique assumée par certains des plus gros acteurs – comme Engie (dans l’électricité), Eni ou Iberdrola – pour convaincre les consommateurs de quitter les tarifs réglementés de vente historiques d’EDF (lire ci-contre) dans l’électricité… et d’Engie dans le gaz – ces derniers seront d’ailleurs supprimés en 2023, excitant la concurrence contre l’ex-GDF. Même la filiale de services d’EDF, Sowee, le pratique.

2

Selon Albert Codinach, Amandine Albizzati, Julien Chardon, Vincent Maillard, dans « La tribune » 07 juin 2021 (Extraits)

… Nous, fournisseurs d’énergie, demandons la mise en place de l’interdiction du démarchage commercial non sollicité, à domicile et par téléphone. Nous observons au quotidien l’augmentation de ces pratiques. En effet, en tant que fournisseurs, des clients nous contactent chaque jour pour nous alerter sur des démarches leur semblant suspectes, pour nous poser des questions suite à des remarques faites par des commerciaux, ou encore pour nous faire part de leur surprise en constatant avoir changé de fournisseur sans s’en rendre compte.

À ce sujet, le Médiateur de l’Énergie écrit d’ailleurs dans son rapport annuel d’activité que « les pratiques commerciales sont le talon d’Achille des fournisseurs », et a même porté plainte récemment pour une affaire de démarchage frauduleux, voire délictuel.

Le sujet est d’autant plus délicat que les démarchages commerciaux, tels qu’ils existent aujourd’hui dans le secteur de l’énergie, sont la plupart du temps sous-traités à des prestataires spécialisés. Des prestataires rémunérés quasi-exclusivement aux résultats, c’est-à-dire au nombre de contrats signés, et donc « prêts à tout » et difficiles à encadrer.

Nous souhaitons remettre l’intérêt du consommateur au cœur de la réflexion concernant les pratiques commerciales.