Abandon de la santé publique aux profits de la santé privée

La réforme publique enrichit les prépas privées

La réforme des études IDE santé, décidée en 2019 par le ministère du même nom, visait de nobles objectifs : pallier la pénurie de médecins, diversifier les profils et mettre fin à la « boucherie » de la première année de médecine. « Boucherie », car les trois quarts des étudiants s’y cassaient les dents, le plus souvent faute de places. Las ! deux rentrées plus tard, les effets de la refonte semblent moins profiter aux carabins qu’aux marchands de formations privées…

La première année est désormais remplacée par deux cursus possibles :

  • Système Pass (parcours accès santé spécifique), le jeune bachelier suit une majorité de cours de santé et une minorité de cours de maths, de droit ou de lettres.
  • LAS (licence accès santé), c’est l’inverse. En juin, celui qui est classé poursuit ses études de santé; celui qui échoue passe, par exemple, en deuxième année de lettres.

Le système privilégie les touche-à-tout, mais également les plus fortunés.

Selon l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF), près de 75 % des étudiants ont suivi, en 2020-2021, une prépa en parallèle de leur formation santé, pour un coût moyen de 4 000 euros, voire 5 500 euros en Re-de-France. Sans compter les stages de prérentrée (fortement conseillés), qui, pour trois semaines, peuvent coûter 1 400 euros.

Et surtout la santé !

L’angoisse de la sélection Parcoursup (d’une opacité rare), couplée au manque de communication des universités (elles ont eu moins d’un an pour s’adapter), n’a fait que renforcer les structures privées, explique Nicolas Lunel, le président de l’ANEMF. Et ce même avant le bac !

Pour les cours Thalès, affirme le directeur, la demande de formations à 2 700 euros a grimpé de 30 % en 2020 par rapport à 2019.

De son côté, le ministère de l’Enseignement supérieur met en garde contre les conséquences de cette réforme… gouvernementale « face à certaines structures qui profitent de l’inquiétude des étudiants et des parents ». Quelle horreur !

Yann Kervadec, porte-parole du collectif contre la réforme Pass/LAS, regrette, lui aussi, cette fausse diversification et la floraison d’« « écuries » — c’est comme ça qu’on appelle ces machines à concours ». Pour les moins riches, les deuxième et troisième années organisent des tutorats au tarif imbattable de 25 euros annuels.

Bien que plébiscité, le système ne rivalise pas avec l’organisation millimétrée des prépas qui se substituent aux amphithéâtres et fournissent des cours prémâchés et ultra-détaillés.

Lors de la rentrée, considérant les frais d’inscription, de Sécu et d’adhésion à une prépa privée, les étudiants en Pass déboursent en moyenne 5 293,93 euros, a calculé l’ANEMF.

L’égalité des chances, ce n’est pas vraiment clinique…


Fanny Ruz-Guindos – Le Canard Enchainé – 01/09/2021