Un coup de fil, et votre compte est débité frauduleusement.

Votre conseiller bancaire vous appelle ? Même si vous reconnaissez son numéro sur l’écran de votre smart-phone, méfiance : pas sûr que ce soit lui…

Pour avoir ignoré qu’il existait des logiciels truqueurs de numéros de téléphone, quelques dizaines de clients de la banque en ligne ING Direct, a révélé « Que choisir » (30/7), se sont fait arnaquer de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Pseudo-conseiller

L’un de ces malheureux raconte sa mésaventure au « Canard » : « Mon conseiller bancaire (je reconnais son numéro sur l’écran) m’a appelé pour m’informer que mon compte avait été piraté et que des paiements en roubles avaient été effectués avec ma carte bancaire. D’une voix calme et professionnelle qui me rassure, il me dit qu’il va procéder à l’annulation de ces opérations. A cette fin, il me communique plusieurs codes, que je dois composer sur mon portable. Au bout de trente-deux minutes, il m’annonce que tout est réglé. » Tout va bien, alors ?

Pas exactement : « Le lendemain, je constate huit opérations frauduleuses, pour un montant de 3 346,99 euros. » Les codes que l’infortuné avait tapés à la demande de son pseudo-conseiller avaient en réalité servi à valider des achats effectués par celui-ci.

Une quinzaine de clients ont ainsi été dépouillés : la faute , au spoofing (« usurpation » en anglais). « On trouve facilement sur Internet des plateformes localisées dans des endroits inaccessibles qui vous proposent, moyennant quelques euros, de changer vos coordonnées téléphoniques », explique le spécialiste en cybersécurité d’un opérateur téléphonique. « Lorsque vous appellerez quelqu’un, celui-ci verra sur son écran d’affichage le numéro que vous avez sélectionné. Vous pourrez aussi changer votre voix », propose l’un de ces sites.

Un autre suggère d’« ajouter des bruits de fond personnalisés à vos faux appels » : « Faites croire que vous appelez depuis une fête ou99 d’un commissariat ! » Ambiance garantie.

En septembre 2016, deux adolescents avaient mis, pendant plusieurs heures, le centre de Paris en état de siège. Usurpant le numéro du curé de l’église Saint-Leu, ils avaient appelé le commissariat (qui gardait dans ses registres ce numéro « signalé » en prétendant que « dix Maghrébins armés [avaient] envahi l’église »). Dix mois après les attentats du Bataclan, effet assuré ! Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, avait porté plainte.

La faute à Hamon ?

Ces fraudes ou mauvais canulars sont, en vérité, facilités par la loi Hamon.

Depuis 2014, celle-ci interdit le démarchage commercial via des numéros masqués empêchant les « démarchés » de savoir précisément qui les appelle.

Aujourd’hui, souligne le Conseil national de la consommation, une société qui « recourt à un centre d’appels doit demander à celui-ci d’afficher un numéro qui a été attribué à l’entreprise », sur sa demande, par son opérateur.

En revanche, il est illégal d’utiliser le numéro d’un autre abonné sans son consentement, sous peine d’être condamné, pour usurpation d’identité, à un an de prison et 15 000 euros d’amende. A condition d’être attrapé…

« On peut bloquer certains appels suspects (par exemple, un appel commençant par 01 à 05, indicatifs français) émis de l’étranger », explique un expert de l’Autorité de régulation des communications électriques et des postes. Mais, si le faux numéro est celui d’un portable, c’est, assure-t-il, sans espoir.

Une invitation à ne plus décrocher ?


Hervé Martin – Le Canard Enchainé – 25/08/2021