Le fabuleux budget des défaites américaines

Selon les calculs effectués tout récemment par le Pentagone, le coût total des guerres antiterroristes menées par les États-Unis en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Somalie et en Libye s’est élevé à 6 400 milliards de dollars.

Ce « prix de revient », si l’on ose dire, des défaites subies par la Grande Amérique durant les deux dernières décennies est si extravagant que, pour en apprécier la démesure, il faut en comparer son montant au produit intérieur brut (PIB) de la Russie et de la France.

Ces 6 400 milliards « pèsent », en effet, environ quatre fois le PIB 2021 prévu par la Sainte Russie. Et même cinq fois, si l’on tient compte du fait que les dollars dépensés au fil des ans par le Pentagone avaient plus de valeur que l’actuel billet vert. Même exercice avec des chiffres français : le coût de ces guerres perdues équivaut à deux fois le PIB 2021 (prévu) de la France. Ou à près de trois fois, si l’on prend en compte la dévaluation du dollar.

Ces folles dépenses, ne serait-ce qu’en Afghanistan, n’ont pourtant pas permis à l’armée américaine d’empêcher l’entrée des talibans à Kaboul. Réaction d’un haut responsable de la DGSE : « Leur victoire procure à l’ensemble de la mouvance djihadiste un nouvel élan au Proche et au Moyen-Orient, à commencer par l’organisation Al-Qaida. » Et il en va de même en Afrique, en particulier au Sahel, où le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans a confirmé sa volonté d’« expulser les occupants et les envahisseurs (français) » dans le magazine numérique djihadiste Inspire, qui vient de réapparaître après quatre ans de silence. Reste à savoir quelle sera l’attitude du Pakistan, l’« Etat-parrain des talibans », qui les a si souvent choyés et armés.

Complaisances internationales

Quant aux chefs militaires français qui, comme le confie au « Canard » un diplomate, s’autorisent parfois à plaisanter sur le désastre que représènte la situation en Afghanistan pour leurs collègues américains, « leur inquiétude est manifeste ».

Selon eux, ce pays risque bien sûr de devenir un sanctuaire pour les islamistes de tout poil, mais le départ des Américains offre aussi « à la Chine, à l’Iran et à la Russie » la possibilité de défendre leurs intérêts et leurs positions en Asie centrale.

« Les services diplomatiques de Moscou et de Pékin ont continué de fonctionner à Kaboul et n’ont pas évacué leurs personnels », constate par exemple un membre de l’état-major français des armées. Plus francs du collier, les Turcs (comme les Iraniens, d’ailleurs) ont salué le renversement du gouvernement afghan, qui, à les en croire, permettra d’instaurer et de garantir « une sécurité et une paix durables dans la région ».

Avec la charia au programme ?


Claude Angeli – Le Canard Enchainé – 25/08/2021


Nous vous laissons le choix de penser ce que l’état aurait pu faire avec 6 400 milliards au long de ces années dont aider à éradiquer la pauvreté tant aux USA que dans les pays « à pacifier ». Mais, bien évidemment cela n’aurait pas fait « les affaires » des actionnaires des entreprises productrices d’armements. MC