Exode à Europe 1 «Bollorisé»

Désertions-expulsions en série après la prise d’Europe 1 par Vincent Bolloré

Pour l’auditeur de la radio « Europe 1 », qui inaugurait cette nouvelle grille « bollorisée » lundi 23 août [2021], le réveil a dû être douloureux.

A 8 h 40, en lieu et place de la fausse revue de presse de Nicolas Canteloup, les fans de l’humoriste ont eu droit à un autre genre de poilade : un débat entre Judith Waintraub, la grande copine de Zemmour au « Figaro Magazine », et Charlotte d’Ornellas, la vedette de « Valeurs actuelles ». Thème de ce dialogue de choc : l’« afflux migratoire » lié à la crise en Afghanistan. Sortez le gaz hilarant !

A Europe 1, la question migratoire est d’autant plus d’actualité que la reprise en main de la station par Bolloré a déclenché un exode qui va finir par faire oublier celui de Kaboul. Déjà, les réfugiés se comptent par dizaines, la panique gagne tous les étages (administration et rédaction). Et l’évacuation n’est pas terminée !

Deux vagues de départs ont déjà frappé la radio cet été ; une troisième menace.

Dans un premier temps, 42 exilés (dont la moitié de journalistes) ont été comptabilisés dans le cadre de la rupture conventionnelle collective. Parallèlement, 25 cadres et vedettes (comme Matthieu Belliard ou Patrick Cohen) ont démissionné ou négocié un départ.

Les prochaines semaines devraient encore donner lieu à une sévère hémorragie : une vingtaine de salariés (au minimum) s’apprête à brandir une sorte de « clause de conscience » pour pouvoir fuir dans les plus brefs délais. Bientôt un pont aérien ?

Contrairement à ce que raconte le nouveau matinalier Dimitri Pavlenko à longueur d’interviews dans les gazettes, l’extrême droite a déjà largement son rond de serviette à Europe 1. Et le pluralisme à la sauce Bolloré est au rendez-vous. Le recrutement du Québécois réac Mathieu Bock-Coté, qui officiera tous les dimanches aux côtés de Sonia Mabrouk, a achevé de convaincre les plus sceptiques.

Frappée par les désertions, la direction de la rédaction a dû procéder, ces dernières semaines, à quelques embauches.

Un confrère persifleur décrypte la méthode : « Le critère de recrutement n’est plus la compétence. Ce qui prime, c’est la loyauté. Cet été, c’est un miracle s’ils ont réussi à tenir l’antenne. De jeunes pigistes ont été titularisés. D’autres, ceux qui émettaient des réserves sur l’arrivée de Bolloré, ne l’ont pas été. »

Dans le lot des jeunes pigistes très loyaux récemment embauchés, un revenant de 83 piges, l’ex-pédégé de la station Jean-Pierre Elkabbach, pousse ce cri de joie (« Le Parisien », 21/8) : « J’ai envie de participer au redressement d’Europe 1 ! »

Après avoir contribué pendant des années à son effondrement, c’est sympa de sa part.


Christophe Nobili – le Canard Enchainé – 25/08/2021