La théorie de Ricardo

Chacune-Chacun appréciera ou pas cette théorie… Pour nous, elle est fumeuse, néfaste, mais ce n’est que notre humble avis… MC

Allons bon. Le commerce international libéré nous promettait des mangues toute l’année et le choix entre 438 modèles de voitures venus des quatre coins du globe (mais oui, c’est possible !).

Ah, elle est belle, la théorie (fausse) de David Ricardo, celle du libre-échange qui profite à tous.

Mais, voilà que, cet été, on manque… de bois.

La faute à la Chine, bien sûr, qui, comme l’écrit un journal économique avec un chauvinisme bien peu compatible avec son libéralisme, « siphonne » notre belle forêt bien de chez nous (1). Et, effectivement, les reportages se multiplient sur ces forestiers goguenards, fiers de vendre leurs arbres bien plus cher aux Chinois qu’aux scieries d’en face.

Mais, pourquoi la Chine fait-elle feu de tout bois ?

La faute en revient à… la Russie, qui va mettre fin à l’exportation de troncs d’arbre, qui ont une valeur ajoutée bien moindre, donc rapportent moins de pèze, que les meubles ou autres produits transformés.

Les acheteurs chinois se sont donc rabattus sur les forêts européennes, où, les coupes étant heureusement limitées, la nouvelle demande a fait exploser les prix, démontrant la validité de la plus vieille loi économique de tous les temps, celle de l’offre et de la demande.

Face à cette situation, la Fédération nationale du bois a appelé au secours, soulignant que la Roumanie, membre comme nous de la si triste Union européenne, avait copié les Russes sans même demander son avis à la Commission européenne, qui aurait dit non, bien sûr. Car nous, Européens, maintiendrons notre « libre-échange » jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Et tant pis si nous n’avons pas assez de puces électroniques (2), ou encore de semi-conducteurs (3), la Chine, toujours elle, étant la première productrice des précieux bidules (présents dans tous les appareils électroniques), parce qu’elle a su construire une industrie qu’un protectionnisme en béton armé met à l’abri.

Tandis que, de notre côté, nous pratiquions une ouverture unilatérale des marchés à toutes les importations et faisions fermer une à une les usines européennes…

Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que le nouveau climat, entre chaleurs extrêmes et inondations, va nous priver de vin, de café et même de pâtes !

S’il a fait mauvais cet été en France, à l’inverse fait beaucoup trop chaud au Canada, où un « dôme de chaleur » a fortement réduit les récoltes du premier producteur mondial de blé, qui assure à lui seul les deux tiers des exportations mondiales.

Notre paquet de spaghettis pourrait nous coûter 20 % de plus, mamma mia (4)!

Une seule consolation : le commerce mondial de la basket est, lui aussi, très menacé, du fait de la fermeture par ces fournisseurs de denrées essentielles que sont Nike, Adidas et autres Gap de nombreuses usines au Vietnam, en Thaïlande et en Indonésie, en raison de la crise sanitaire (5). Bon, si la Covid peut nous épargner la vue de quelques-unes de ces godasses hors de prix, ce sera déjà ça.


Jacques Littauer – Charlie Hebdo – 25/08/2021


  1. «La Chine siphonne la forêt française» (Les Échos, 9 août 2021).
  2. « « Crise des puces »: comment les constructeurs automobiles reprennent la main» (Les Échos, 17 mai 2021).
  3. «Industrie automobile : la pénurie des semi-conducteurs devrait durer, l’Europe s’organise» (La Tribune, 10 juin 2021).
  4. «Les fabricants de pâtes s’inquiètent d’une pénurie annoncée de blé, avec une hausse des prix à prévoir» (France Bleu, 18 août 2021).
  5. «Le variant Delta pèse sur la production mondiale de baskets» (Les Échos, 9 août 2021).

Notre avis qui comme d’habitude ne regarde que nous… la conception même du libre-échange européen est un leurre. Cette théorie ne fait le bonheur qu’auprès des actionnaires jouant uniquement sur les tableaux boursiers, jamais sur l’emploi, détruisant ainsi des pans industriels, des usines, contribuant à la désunion nationale, à l’appauvrissement de beaucoup à l’enrichissement de quelques-uns.

L’union européenne n’est pas en cause, c’est sa gestion qu’il faut revoir complètement et ce n’est pas notre Manu, délégué d’un gang de banques patronaux, ce locataire temporaire élyséen, qui changera ce problème… tout comme d’ailleurs ses faux rivaux (ou acolytes de gestion gouvernementale) Marine, Valérie, Anne, Xavier, Michel, Eric le Grenoblois, Yannick Le vert… et même le Jean-Luc, le Monsieur re-re-retour de trop…

Bien triste bilan tout ça.
MC