Finir une guerre, quitter l’Afghanistan…

« Voilà des tâches des plus difficiles de l’histoire des États-Unis », s’est justifié Joe Biden.

Il ne parlait pas de sa situation mais de l’évacuation chaotique de Kaboul, dont il a arrêté au 31 août 2021, l’intenable calendrier et qui fait de lui le coupable désigné de ce désastre qui n’a pas fini de s’aggraver.

Certes, ce n’est pas lui, mais George W. Bush qui, en 2001, au lendemain des attentats du 11-septembre, a lancé en Afghanistan l’opération Enduring Freedom, « Liberté immuable » en français, contre les terroristes d’Al-Qaida protégés par les talibans.

Pas la faute de Biden non plus si, en vingt ans, cette « immuable » liberté a mué, mais pas les talibans. Eux, même en version 2.0, n’ont pas changé. C’est néanmoins avec leurs représentants que, dans l’espoir de se faire réélire, Donald Trump avait, en 2020, choisi de négocier la sortie. Pas la faute de Biden encore si ces accords ont été aussi peu glorieux que respectés par lesdits talibans. Pour autant, c’est bien lui qui n’avait pas de mots assez durs pour dézinguer la politique étrangère de Trump et qui a choisi sur le dossier afghan de la faire perdurer et d’en poursuivre les accords avant de devoir en assumer les déplorables conséquences.

Et, à défaut d’être celui, même s’il en était depuis longtemps partisan, qui a décidé d’un retrait des troupes américaines, passées en vingt ans de plus de 100 000 hommes à 2 500 seulement, c’est lui qui l’a organisé. Et, en le précipitant, désorganisé.

Il n’est évidemment pas le seul dont les services qui s’écharpent sur le sujet ont mal anticipé la débâcle. C’est-à-dire pas envisagé un instant la rapidité de la prise de contrôle du pays, sans la moindre résistance, par les talibans. Ni ensuite les effets délétères de la fulgurance de cette reconquête sur les évacuations. Mais, en tant que président de la première puissance mondiale, Biden est le premier mis en cause.

D’autant que c’est avec des armes, le matériel et les équipements abandonnés par ses troupes que les talibans parachèvent leur prise de contrôle du pays. Et, au-delà des raisons électorales, politiques et diplomatiques de ce désengagement d’une occupation qui n’était pas la sienne.

Ce retrait dont il a hérité, la façon dont Biden le mène n’est pas non plus pour rien dans ce fiasco chaque jour plus désolant, ne serait-ce que dans l’intrigante inversion des priorités.

Dans un naufrage, et c’en est un, ce sont généralement les femmes et les enfants d’abord... Là, c’est le contraire les États-Unis ont d’abord évacué leurs 2 500 militaires avant de devoir en faire revenir 6 000 autres pour évacuer les civils.

Des civils dont le départ, surtout pour les Afghans, face à des talibans intraitables et menaçants, a peu de chances d’être effectué dans les temps.

Le G7 virtuel de mardi après-midi était censé apporter à ce sujet une meilleure coordination avec les partenaires européens. Mais, fût-ce avec un peu de temps supplémentaire, ces évacuations se feront toujours dans la tension et la précipitation. Et avec des risques d’erreurs d’appréciation sur lesquels les services concernés se rejettent la responsabilité. L’évacuation va donc rester « l’une des plus difficiles » encore pour un moment.

Et Biden n’a pas tort de le déplorer. D’autant que cet échec va laisser des traces annonciatrices d’autres moments difficiles pour lui. Mais, si « difficile » soit-elle, une fois que cette évacuation calamiteuse sera terminée, c’est bien sûr et malheureusement pour les Afghans et surtout pour les Afghanes qui vont rester que les temps « les plus difficiles » vont recommencer.


Editorial du 25/08/2021 d’Erik Emptaz – Le Canard Enchainé