Classement des universités publiques : l’État peut largement mieux faire…

Paraît que la France possède des dizaines d’universités parmi les meilleures du monde. Et ?

Rien, on s’en fout. […]

[…] la France compte désormais 30 universités françaises parmi les 100 premières du très bête classement de l’Université Jiao Tong de Shanghai, publié comme tous les ans le 15 août, et qui se contente de compter les Prix Nobel et autres médailles Fields (le « Nobel » des matheux), ainsi que les articles publiés dans les revues de science dure les plus prestigieuses.

Sauf que le chauvinisme présidentiel a du mal à masquer la réalité.

Quelles sont les 10 « meilleures » universités du monde ? Dans l’ordre :

  1. Harvard,
  2. Stanford,
  3. Cambridge,
  4. le Massachusetts Institute of Technology (MIT),
  5. Berkeley,
  6. Princeton,
  7. Oxford,
  8. Columbia,
  9. le California Institute of Technology (CalTech),
  10. Chicago.

Bref, rien que des Ricains et deux Rosbifs (Oxford et Cambridge, que les initiés connaissent sous le nom d’« Oxbridge »).

L’excellence française n’est plus la Sorbonne mais Saclay

Mais voilà : il se trouve que l’université Paris-Saclay est à la 13e place, première « d’Europe continentale », comme l’écrit fièrement le communiqué de presse : 1re université au monde en mathématiques, 9e en physique, 12e en agriculture, 22e en médecine clinique, 29e en génie des télécommunications, 30e en biotechnologie… On le voit, les sciences sociales françaises règnent sur le monde !

Mais ce classement est une farce, car l’université Paris-Saclay n’existe pas. Enfin, du moins, elle existe, mais fait tout de même 23 km de long, ce qui nécessite un petit moment pour faire l’aller-retour au restau U dans la journée. L’université Paris-Saclay est un regroupement absurde de plein d’entités différentes, constitué uniquement dans le but de grimper dans le classement de Shanghai. Un peu comme si le PSG, le Barca et le Bayern Munich fusionnaient pour être sûrs de gagner la Coupe des Champions à tous les coups.

Ce monstre, domicilié à Gif-sur-Yvette, et appelé à grandir, regroupe 48 000 étudiants, 8 100 enseignants-chercheurs, et autant de personnels techniques et administratifs. Ils sont répartis au sein des départements des Yvelines, des Hauts-de-Seine et du Val-de-Marne : IUT d’Orsay, Sceaux et Cachan, École Polytechnique, AgroParisTech, CentraleSupélec, etc.

La liste de ses composantes est tellement longue qu’elle ne figure même pas sur le site de cette « université » qui s’étire sur des lieux impossibles à relier entre eux en transports en commun. […]

[…] La rentrée à la fac, c’est dans deux semaines. Les personnels administratifs reprennent le travail la semaine prochaine, comme la plupart des profs, qui font soutenir des mémoires, ou organisent des sessions de recrutement tout début septembre.

Et, comme d’habitude, en ce 18 août, nous enseignants, nous ne savons rien. Tout comme Blanquer, Vidal n’a rien fait pour nos étudiants.

  • Faire les travaux nécessaires afin de pouvoir aérer toutes les salles ?
  • Installer des purificateurs d’air ?
  • Mettre en place des centres de vaccination sur tous les campus ?
  • Recruter des enseignants afin de réduire le gigantesque échec à la fac provoqué par la pandémie ?

Rien de tout cela n’a été fait.

Mais le pire n’est même pas dans les basses considérations matérielles. Selon les profs eux-mêmes – certains en tout cas – le plus grave, pour les étudiants, c’est l’insuffisance d’encadrement. Pour que la fac fasse son boulot, il faudrait doubler le nombre d’enseignants afin de pouvoir donner une chance raisonnable à tous nos étudiants de réussir. […]

Et ce n’est pas le nouveau rapport de l’UNEF qui montre que les étudiants crèvent sous le poids financier de leur logement qui va changer quelque chose. […]


Jacques Littauer. Charlie Hebdo Web – Source (Extraits)