La fabrication de BUZZ

Ou comment croire après lecture à de telles âneries de la part de certains quotidiens plus « soucieux » d’accroitre leurs ventes (donc garnir les portefeuilles des actionnaires et dirigeants), que de respecter « à la lettre » l’info, quitte à confectionner de fait, des Fake News. MC

Le 30 avril 2021, Météo France publie son traditionnel bulletin de « prévisions saisonnières pour les trois prochains mois ». Ces données sont publiques. Il suffit de cliquer sur le site officiel de la météo en France pour connaître le pronostic de ses experts et des spécialistes du centre français d’analyse et de prévision océaniques.

Résultat de leurs calculs pour le trimestre mai-juin-juillet 2021: « Un scénario avec une température moyenne supérieure aux normales devrait dominer sur la majorité de la France. »Quant aux précipitations, Météo France annonce que « des conditions plus sèches que la normale sont probables ». Récapitulons : « devrait »pour les températures élevées, « probables »en ce qui concerne l’absence de pluie. Conditionnel et adjectif, le parapluie est ouvert.

Sauf qu’il fait de l’ombre à l’optimisme, ce parapluie. Et la pondération n’a jamais fabriqué un gros titre de journal.

A l’heure où les Français sont toujours interdits de terrasse et alors que le vaccin peine à s’imposer, mieux vaut trouver quelque chose qui claque le museau à cette période maussade. Tout en se faisant un peu mousser, en passant.

Les confrères du « Parisien Dimanche » (2/5) se sont donc gaillardement attelés à la tâche. Météo France ne cesse de rappeler que la prévision n’est pas une science exacte mais « un scénario »et qu’il ne faut pas confondre « tendance » avec vérité absolue, mais le journal passe outre.

Et consacre sa première page aux prévisions revisitées de Météo France : « Les températures des mois de mai, juin et juillet seront élevées plus que de coutume, et les pluies rares en France. » Une information sans précaution, enrobée de la formule magique « Exclusif ». Ce qui fait toujours son petit effet.

Voilà donc la une rassurante presque prête, illustrée par une photo de plage ensoleillée. Reste à trouver un titre choc pour mettre en valeur la bonne nouvelle. « Un été chaud ? » Faible. Alors, négligeant le vieil adage journalistique « « très » n’ajoute rien », le titreur insère l’adverbe en majesté. Et mouille Météo France, qui n’en demandait pas tant.

Résultat de ce bidouillage ? « Météo France prévoit un été très chaud », les derniers mots étant imprimés en rouge.

Puis, pour ne pas bouder son plaisir, le confrère donne un petit coup de trompette, annonçant à ses lecteurs qu’il « dévoile » ces prévisions, pourtant en libre accès.

Las, dans les deux pages consacrées au sujet, le propos se fait moins clinquant. Si le quotidien se rassure encore, titrant : « Pourquoi les prévisions sont fiables », sa journaliste répond à la question : « Faut-il les croire des mois à l’avance ? »par un prudent « oui, en gros »et un rigolo « à la louche », donnant la parole à des climatologues qui préfèrent parler de « grandes tendances ».

La suite, on la connaît. Une température moyenne de 20,7 °C enregistrée en juillet et un excédent de précipitations proche de 50 %, classant ce mois de juillet parmi les dix les plus arrosés depuis 1959.

Et voilà la Toile qui s’esclaffe bruyamment, associant évidemment Météo France au mois « très chaud »prédit par « Le Parisien » et obligeant ses météorologues à réagir sur Twitter. Pour répéter ce qui était déjà expliqué sur leur site : « Le scénario le plus probable ne se réalise pas systématiquement, le moins probable peut se réaliser. »Fastoche.

« Il s’avère que, cette année, on est tous à la ramasse pour traduire les modèles météo », a quand même confessé le météorologue Patrick Marlière, sur BFM (4/8). Un aveu joliment traduit par un nouveau gros titre choc du « Parisien » (31/7) :Cette fois, le journal se demande benoîtement : « C’est quoi, ce temps ? »Vaste question.

Il rejette la « faute »de « cette météo pourrie »sur l’« anticyclone des Açores, qui ne joue pas son rôle protecteur ». Le traître ! Puis se jette avec délice sur ce que juillet fut vraiment : « pluies torrentielles », « scènes de déluge », « événements climatiques atypiques, catastrophiques », « désolation ».

Et, cette fois, ce n’est pas un scoop en toc.


Louis Colvert – Le Canard Enchainé – 11/08/2021

Oui, nous sommes conscient qu’en dénonçant « l’arrangement » effectué par un-une journaliste du « Parisien » cela ne changera pas la vision, le sérieux de l’info…

Sauf qu’en mentant sur ce sujet pourquoi les journalistes et la ligne Editorial de ce quotidien ne le feraient pas sur d’autres sujets parfois plus graves ou pour « cirer » les pompes du roitelet et ses Sinistres petit doigt sur la couture ???

Réfléchissez un peu ami-e-s lectrices-lecteurs a la teneur-valeur-tournure des infos diffusées par le médias et dites-vous que le mieux est encore de vous faire votre propre idée en croisant les infos de plusieurs sources.

MC