Les gags des ministres aux JO de Tokyo.

Le 22 juillet 2021, Brigitte Henriques, la toute nouvelle patronne du Comité national olympique (CNOSF) et sportif français, s’est fendue de sa première visite officielle lors du match de foot France-Mexique.

Un triomphe : cette ancienne footeuse s’est trompée de stade !

Avec son chauffeur et sa délégation, elle a mis le cap sur le stade olympique alors que la compétition se déroulait au Tokyo Stadium, situé à 20 km de là. Légers remous dans la tribune officielle, où l’attendaient son homologue du comité japonais et le prince Albert de Monaco. « Mais que fait la présidente du Comité olympique ? » s’impatientait Albert.

Finalement, Henriques est arrivée dans les bonnes tribunes pour la seconde mi-temps ! Elle n’a pas manqué grand-chose : la France a perdu, 4-1.

Médailles en chocolat

Trois jours plus tôt, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Education et des Sports, avait fait, lui aussi, preuve de ce dépassement cher au baron de Coubertin.

En marge de la cérémonie d’ouverture, il s’est entretenu avec les présidents de fédération sportive (de basket et de cyclisme, notamment). Et les propos du ministre ont eu un effet boeuf.

Alors que l’Elysée avait fixé un objectif : « Je crois qu’il faut qu’on vise la quarantaine de médailles, à Tokyo » (Macron, le 23 juillet, sur France Télévisions), Blanquer a relégué son président au rang de petit bras : « Ce serait bien de faire plus de 40 médailles. » Fastoche !

Au 3 août 2021, à six jours de la fin des Jeux, la France avait raflé 24 médailles … Lors du même entretien, Blanquer a définitivement ringardisé Macron. A Paris 2024, « ce serait bien de se donner un objectif de 60 à 70, voire 80 médailles ». Un Graal que, rappelle « L’Equipe » (25/7), l’ex-ministre des Sports Laura Flessel avait déjà évoqué, avec le même succès auprès des patrons de fédé… « Ça veut dire quoi ? Qu’on leur coupe des budgets s’ils n’y arrivent pas ? Et puis, c’est limite une incitation au dopage », tacle un expert.

En petit comité, le patron de l’Agence nationale du Sport, Claude Onesta, a pris, lui, ses distances avec le ministre : « Je ne suis pas du tout dans la logique de Blanquer. On ne va pas faire une usine à champions, on n’est pas en Chine. » Mauvais patriote !

Pendant ce temps, Macron choisissait d’assister à deux épreuves : le judo et le tout nouveau mini-basket, joué à trois contre trois. Pourquoi ce choix ? Le Président a sa petite idée : il veut développer le « trois-trois » dans les cités urbaines, mais aussi dans des villes moyennes comme Bourges ou Tarbes, a-t-il expliqué au président de la Fédération française de basket (FFB), Jean-Pierre Siutat.

Concours de salive

« On vous soutiendra financièrement avec le plan Action coeur de ville, et l’Association des maires de France, l’Assemblée des départements de France et France urbaine prendront contact avec vous », lui a assuré Macron. Une idée pas complètement désintéressée. « Un terrain de trois-trois, ça coûte 40 000 euros, contre 200 000 euros pour un gymnase », décrypte une huile de la FFB. Et ça peut plaire à la jeunesse, nouvelle cible électorale de Macron !

Chaque jour a lieu la même épreuve olympique… vraiment éprouvante. A 11 heures, les porte-parole du Comité olympique japonais et du CIO, Masa Takaya et Mark Adams, interviennent au Big Sight, le parc des expos tokyoïte, et consacrent près d’une bonne heure à la situation de la pandémie.

Dans un silence de cathédrale et une salle triste à mourir, ils sont assommés de questions, essentiellement des journalistes nippons. Pour Masa Takaya, la bulle sanitaire autour des JO est « efficace ». Au 1er août, d’après le CIO, 400 000 tests salivaires avaient été pratiqués (sur les athlètes, leur staff, les médias…), pour seulement 225 cas positifs. Soit 0,06 %. Ça vaut la médaille !

Sauf que l’épidémie connaît un regain à Tokyo : le 29 juillet, 3 865 personnes ont été testées positives dans la capitale, un record. Pour l’Association médicale de Tokyo, les JO ont « un impact indirect » (« 20 Minutes », 30/7) : la « fête » sportive inciterait les gens à baisser la garde.

Et on dira encore qu’il n’y a pas d’ambiance !


Jérôme Canard – Le Canard enchainé – 04/08/2021


Dessin de URBS – Le Canard Enchainé – 04/08/2021